La deuxième vague mondiale est-elle commencée?

 

 18 septembre 2020

On a fait grand cas de la hausse de nouveaux cas de COVID-19 au Québec dans les dernières semaines, avec raison. Ça n’en prendrait pas beaucoup pour que la courbe reprenne un rythme exponentiel. Et une fois que c’est parti, c’est beaucoup plus difficile à arrêter.

Il suffit de jeter un œil à ce qui se passe ailleurs dans le monde pour s’en convaincre. Bien sûr, il y a des nuances à faire. Chaque pays a ses particularités. Chaque pays gère la pandémie avec une efficacité variable.

Mais remettons-nous dans nos souliers – ou plutôt, dans nos bottes – de début mars. Ce qui nous a vraiment mis la puce à l’oreille à ce moment-là, ce qui nous a poussés à réagir, c’est ce qui se passait en Italie. On voyait des images d’hôpitaux qui débordaient. Des histoires de confinement à faire peur. Des villes désertées. Tout ça dans un pays similaire au nôtre, avec un système de santé similaire au nôtre à bien des égards.

Il y a un parallèle à faire avec la situation actuelle. Plusieurs pays européens semblent déjà se trouver dans la pente ascendante d’une deuxième vague. Si on ne réagit pas maintenant pour freiner la contagion, on risque de les suivre.

Les épicentres de la pandémie

Beaucoup de choses ont changé depuis que nos bottes ont goûté à la gadoue de fin d’hiver. On a traversé une première vague, un confinement et un déconfinement. On a appris à porter le masque et à calculer mentalement deux mètres de distance. On a appris à vivre avec le virus dans une « nouvelle normalité », pour reprendre l’expression consacrée.

Les épicentres de la pandémie ont eux aussi évolué. Le virus circule maintenant partout dans le monde, comme le montre cette carte de l’Organisation mondiale de la Santé. Les pays plus foncés sont ceux qui ont connu la plus forte hausse de nouveaux cas dans les sept derniers jours.

Carte de transmission COVID-19

Source : Organisation mondiale de la Santé

Plutôt que la Chine, l’Iran et l’Italie, on retrouve maintenant les États-Unis, l’Inde et le Brésil au sommet du triste classement mondial. Le cas de l’Inde est sans doute le plus préoccupant des trois. Le pays semblait avoir été épargné par le virus au printemps, mais depuis juin, la contagion s’est constamment accélérée. Dans leur cas, on parle donc d’une première vague, et c’en est toute une. Au cours des derniers jours, on rapportait près de 100 000 nouveaux cas par jour.

Source : New York Times

Dans le cas du Brésil et des États-Unis, la première vague ne s’est jamais vraiment estompée. Le Brésil a été épargné par le virus pendant quelques mois de plus que l’Europe et l’Amérique du Nord, mais c’est parti en force en mai. Même si la situation semble se stabiliser depuis le mois d’août, le nombre de nouveaux cas quotidiens demeure très haut, à environ 40 000 par jour.

Aux États-Unis, on semblait en voie d’aplatir la courbe au début de l’été, puis c’est reparti de plus belle. Nos voisins du Sud demeurent à ce jour le pays avec le plus de cas déclarés. Et avec des hausses quotidiennes tournant autour de 40 000 nouveaux cas, ça ne devrait pas changer de sitôt.

Source : New York Times

En voulez-vous des deuxièmes vagues?

En dehors de ce « big three », la plupart des pays qui ne l’ont pas eu facile au printemps ont réussi à vaincre leur première vague. En Europe, le nombre de nouveaux cas quotidiens est redescendu au plancher cet été. Le déconfinement a suivi et la population a pu retrouver une partie de sa vie normale.

Sauf que ça n’a pas duré. Le cas le plus frappant est celui de la France. En l’espace d’à peine deux mois, l’Hexagone est passé du plancher au plafond. Les records du printemps ont été pulvérisés et on ne voit toujours pas la fin de l’ascension. Depuis quelques jours, on parle d’environ 10 000 nouveaux cas quotidiens. De quoi inquiéter même les plus sceptiques.

En Espagne, la situation n’est pas plus réjouissante. On assiste à une hausse constante de la contagion depuis deux mois. Avec plus de 10 000 nouveaux cas quotidiens, on est retourné aux plus hauts niveaux du printemps.

Du côté de l’Allemagne et de l’Italie, les choses sont un peu moins alarmantes. Mais quand même, on remarque clairement la tendance à la hausse. Une tendance qui pourrait rapidement se transformer en deuxième vague.

Source : New York Times

En plus de ces quatre pays, on pourrait nommer le Royaume-Uni, la Belgique, le Portugal et la Norvège. Là aussi, la courbe en hausse des dernières semaines se rapproche de plus en plus de la situation au printemps.

La courbe canadienne ne suggère pas aussi clairement le début d’une deuxième vague, mais on remarque quand même une tendance à la hausse. On se rapproche plus de l’Allemagne que de la France, disons. Sauf qu’en regardant les courbes françaises et espagnoles, on remarque que la différence ne tient qu’en un mois. Bref, si on ne resserre pas notre discipline collective, on risque nous aussi de battre nos records plus vite qu’on le croit.

Source : New York Times

Plus de cas, donc plus de morts?

Les images marquantes de la première vague du printemps, ce sont les hôpitaux submergés. Les morgues qui débordent. Les fausses communes qui se creusent.

Est-ce que ce scénario catastrophe est en train de se répéter? Pas pour le moment, heureusement. D’abord parce que nos systèmes de santé sont mieux préparés. Mais aussi, et surtout, parce que la contagion affecte moins les personnes les plus vulnérables. Il y a plus de jeunes qui l’attrapent, et les jeunes sont généralement moins susceptibles de mourir de la COVID-19.

En France, par exemple, la deuxième vague de cas ne se traduit pas, pour l’instant, par une deuxième vague de décès.

Source : gouvernement français

Est-ce qu’on devrait arrêter de s’inquiéter pour autant?

Non. Pour trois raisons.

La première, c’est que ça pourrait changer. Les personnes contaminées pourraient transmettre le virus aux plus vulnérables. De plus en plus de jeunes pourraient contaminer leurs grands-parents, par exemple. Plus le nombre de cas augmente, plus il y a de chance que ça arrive. Et si ça arrive, on verra malheureusement le nombre de morts repartir en flèche.

La seconde raison, c’est qu’un nombre trop élevé de cas, même chez les moins vulnérables, va finir par faire augmenter le nombre d’hospitalisations. Si ça arrive, on risque de créer des dommages collatéraux chez les personnes qui ont besoin de chirurgies ou de traitements pour des maladies graves, comme le cancer. On risque aussi de manquer d’équipement pour traiter les cas les plus graves de coronavirus, et donc de voir le nombre de morts augmenter.

Reprenons l’exemple de la France. Pour l’instant, on n’assiste pas à une véritable deuxième vague d’hospitalisations, malgré une tendance à la hausse. Sauf que si le nombre de cas continue d’augmenter, ça risque de changer.

Source : gouvernement français

La troisième raison pour s’inquiéter d’une deuxième vague de nouveaux cas, c’est que les conséquences de virus semblent largement dépasser le risque de décès. On n’en sait encore très peu sur les séquelles à long terme que peut laisser la COVID-19, mais de ce qu’on en sait, ça n’a rien de très joyeux.

Veut-on vraiment se retrouver avec des milliers de personnes aux prises avec des problèmes respiratoires et cardiaques à long terme, sous prétexte qu’ils n’en mourront probablement pas? Le souhaiteriez-vous à votre famille, à vos amis? Poser la question, c’est y répondre.

Reconfinera, reconfinera pas?

Si la hausse de cas a de quoi nous inquiéter, elle devrait donc nous pousser à agir, comme on l’a fait en mars. Et c’est là que ça se complique.

Il y a probablement autant de réactions à une possible deuxième vague qu’il y a de pays. Personne ne veut revivre le confinement complet du printemps. Ce serait catastrophique pour nos économies. Mais d’un autre côté, c’est ce qui a le mieux fonctionné pour aplatir la première vague. Le défi est donc de trouver un équilibre.

Chez nos cousins français, pour le moment, on semble s’en tenir au statu quo du déconfinement, malgré la forte hausse de cas. En tout cas, l’option d’un confinement généralisé est écartée. On parle plutôt de restrictions régionales, comme la réduction des rassemblements dans certaines villes. Tant que le nombre d’hospitalisations ne remonte pas au point de compromettre le système de santé, ça devrait en rester ainsi.

Du côté plus restrictif, il y a l’Espagne. Les autorités ont déjà évoqué un reconfinement des zones les plus chaudes de Madrid. On sent là aussi une volonté de rester très prudents pour éviter un confinement plus généralisé.

Et du côté des plus sévères, il y a Israël. Le gouvernement y a annoncé un nouveau confinement d’au moins trois semaines à compter du 18 septembre. Il faut dire que le pays enregistrait une hausse soutenue de nouveaux cas depuis plusieurs semaines. À l’approche de fêtes religieuses, les autorités n’ont pas pris de chance, au risque de faire mal à l’économie et de couper le revenu de nombreuses familles.

Vers quel pays se dirige-t-on?

Quand on regarde la courbe de Québec, on voit tout de suite qu’on n’en est pas encore au niveau des pays européens les plus touchés. Ça a de quoi rassurer, mais ça a aussi de quoi inquiéter sur ce qui s’en vient. On se disait à peu près la même chose avant le confinement du printemps, après tout.

Source : INSPQ

On devrait retenir deux choses de l’évolution de la pandémie dans les dernières semaines. D’abord, une deuxième vague est bien commencée en Occident et on n’en est pas à l’abri. Au contraire, les pays occidentaux qui ont surmonté leur première vague et qui se sont déconfinés pendant l’été constatent presque tous une intensification de la contagion. Une intensification qui se transforme, dans plusieurs cas, en deuxième vague. Rien n’empêche que ça arrive ici aussi.

L’autre chose à retenir, c’est que le Québec a déjà commencé à réagir, avant que la situation soit hors de contrôle. Le nombre de tests atteint des niveaux élevés, des milliers de préposés aux soins ont été formés en un temps record cet été et les équipements de protection médicale sont disponibles en grande quantité.

Les citoyens ont adopté des pratiques barrières (masques, distanciation, lavage de mains) en grand nombre, les entreprises suivent des protocoles, les écoles ont formé des classes-bulles et des milliers d’entre nous sont en télé-travail.

Le plus grand risque à l’heure actuelle, c’est que notre insouciance de l’été ne se transforme pas rapidement en vigilance.  Quand on regarde les pays qui sont déjà aux prises avec plus de cas qu’au printemps, on remarque qu’ils semblaient être là où on est il y a environ un mois. Si les citoyens de ces pays avaient transformé l’insouciance en vigilance, ils auraient sans doute pu éviter ou du moins amoindrir la vague actuelle. Et ils auraient probablement évité de devoir s’imposer un nouveau confinement, aussi partiel soit-il.

C’est donc à nous de jouer. On doit réagir maintenant, en augmentant notre vigilance, en diminuant nos contacts et en évitant les rassemblements, pour éviter ça.

Chacun d’entre nous.

Va-t-on devoir refermer le Québec?

 

 11 septembre 2020

Juste de poser la question, ça donne un coup de déprime. On va se le dire, le printemps n’a vraiment pas été facile. Il n’y a personne qui veut revivre ça.

Mais ce n’est pas parce qu’on ne l’aime pas, ou même qu’on le déteste, que le virus va disparaitre comme par magie. Le déni, malheureusement, ça ne fonctionne pas. Le virus rôde toujours. Et si on n’agit pas en conséquence, on va encore en subir les conséquences collectivement.

Est-ce que ça veut dire qu’on va potentiellement devoir refermer le Québec au complet cet automne, donc? La réponse courte est non, mais il y a des nuances. En fait, il y a deux réponses possibles.

C’est à nous de choisir laquelle on veut.

D’un côté, si tout le monde respecte assidument les consignes de santé publique, si on retrouve notre belle cohésion du printemps dernier, on va continuer dans la voie du déconfinement prudent. Dans un monde idéal, c’est ce qu’on ferait. Ça veut dire moins de gens malades et une économie qui repart plus rapidement.

D’un autre côté, personne n’est parfait. On ne peut pas demander à tout le monde d’être des élèves modèles de la santé publique. Que celui qui n’a jamais pris une pause de la distanciation lance la première pierre. C’est normal. On est humain, et la perfection n’est pas humaine.

Et qu’est-ce que ça veut dire, vivre dans ce monde imparfait? Ça veut dire qu’on va fort probablement revoir des éclosions dans certaines régions et dans certains secteurs de notre économie cet automne. Si on ne fait pas attention, ces éclosions pourraient rapidement se transformer en feu de brousse et nous forcer à refermer des parties de notre économie. Mais si on fait attention, on va réussir à contrôler la contagion, à éteindre les petits feux à mesure et à éviter le pire.

Une situation fragile

Au Québec, on a appris à connaitre la COVID-19 à la dure durant le printemps. Au plus fort de la pandémie, nos chiffres n’étaient vraiment pas jojo. De là à dire qu’on était un des pires endroits au monde, ce serait déformer les statistiques, mais quand même. On n’a pas été épargné par le virus, disons.

Heureusement, les choses ont changé. On a réussi à reprendre le contrôle de la situation dans nos résidences pour aînés. Et pendant l’été, le nombre de nouveaux cas quotidiens est redescendu au plancher. Ça, c’est le résultat de tous nos efforts pour aplatir la première vague. Ce n’est pas arrivé comme par magie.

COVID-19 : Cas déclarés

La bonne nouvelle, c’est que nos résultats économiques ont été tout aussi encourageants. On a déjà récupéré une bonne partie des emplois perdus avant le confinement. Et tout indique que l’économie repart avec plus de force au Québec qu’ailleurs au Canada. Tant qu’on réussit à maîtriser la propagation du virus, notre économie va continuer de se relever.

Sauf que l’été a tranquillement commencé à laisser sa place à l’automne, et avec lui, le nombre de nouveaux cas a recommencé à monter. La situation n’est pas dramatique, mais il y a une tendance claire à la hausse dans plusieurs régions du Québec depuis quelques semaines. C’est un rappel qu’on n’est pas à l’abri d’un retour en force du virus.

Si la fin de la première vague était le résultat de notre discipline, la nouvelle tendance à la hausse est le résultat de notre relâchement. C’est le résultat des soupers de famille et des soirées entre amis cet été. Le résultat, aussi, de l’envie irrépressible qu’avaient certains de chanter Dancing Queen en se collant dans un bar karaoké. Bref, c’est un mélange de plusieurs petits gestes insouciants, et de quelques gestes carrément irresponsables.

Évolution des cas

Source : INPSQ

Quand on se compare…

On n’est pas les premiers dans le monde à vivre ce genre de hausse. Il y a plusieurs pays qui ont réussi à surmonter la première vague, comme au Québec, mais qui se retrouvent maintenant aux prises avec une deuxième vague.

Prenons le cas de la France. Nos cousins ont été parmi les plus durement touchés en Europe au printemps. Durant l’été, le nombre de cas a redescendu et la vie a tranquillement retrouvé une partie de son cours normal. Ils ont même organisé une édition spéciale du Tour de France!

Le Tour a bien eu lieu, mais l’accalmie du virus n’a pas duré. Dans les dernières semaines, la France a plusieurs fois battu son record de nouveaux cas quotidiens qui datait du printemps. Avec ce nouveau sommet, on parle de près de 10 000 cas déclarés par jour, soit environ 147 cas par millions d’habitants. Avec un taux similaire, on parlerait d’une hausse d’environ 1 247 cas en une journée au Québec. Ça commencerait sérieusement à ressembler à une deuxième vague.

Nouveaux cas quotidiens en France

Source : gouvernement français

Mais on n’en est pas là chez nous. Pour l’instant, on parle plutôt d’environ 20 cas par millions d’habitants, soit le niveau de la France à la fin juillet. La seconde vague française a été précédée d’un relâchement et d’une flambée beaucoup plus importants que ce qu’on voit actuellement au Québec.

La comparaison a de quoi nous consoler, mais elle a aussi de quoi nous faire peur. La réalité, c’est qu’on n’est pas à l’abri de ça. Il n’y a rien qui empêche qu’on soit simplement un ou deux mois en retard sur la France. Si on ne fait pas attention, on va nous aussi retrouver un niveau de transmission très élevé. Et on pourrait nous aussi être forcés de refermer des secteurs de notre économie.

Mieux équipés qu’au printemps

Soyons pessimistes un instant, et imaginons que le Québec s’engage dans la même voie que la France. Imaginons qu’à la mi-novembre, on se retrouve avec un nombre de nouveaux cas quotidiens similaire à ce qu’on voyait au printemps. Est-ce que ça voudrait dire qu’on referme le Québec au complet?

La réponse est non. Au printemps, on comprenait beaucoup moins bien à quoi on avait à faire. On a dû agir avec précaution devant l’inconnu. Notre capacité de tester était beaucoup plus limitée. On ne savait pas avec précision qui était le plus vulnérable, et où la contagion était la plus risquée. Le plus prudent était donc de tout fermer pour réduire les risques au maximum.

Maintenant, on en sait un peu plus. On sait, par exemple, que c’est possible d’organiser nos garderies et nos écoles tout en réduisant au minimum les risques de contagion. On sait aussi que c’est possible de retourner au bureau, d’aller magasiner ou d’aller chez le coiffeur en toute sécurité, à condition que tout le monde suive certaines consignes.

Tout ça pour dire qu’on saura beaucoup mieux qui et quoi viser pour freiner davantage la contagion, si ça devient nécessaire. Notre capacité de tester est au rendez-vous. Ça va nous permettre d’identifier très rapidement les nouvelles éclosions, avant qu’elles se répandent. Ce ne sera donc pas nécessaire de tout fermer et de compromettre à nouveau les revenus de milliers de Québécois.

Évolution du nombre de tests au Québec

Source : INSPQ

La danse du virus

Vous avez déjà entendu parler de Tomas Pueyo? Si vous m’aviez demandé ça il y a quelques mois, comme la plupart des gens, je vous aurais dit que moi non plus.

Tomas Pueyo est un ingénieur franco-espagnol, relativement inconnu jusqu’au mois de mars dernier. Le 10 mars, il a publié un article sur la nécessité d’agir rapidement et avec force pour stopper une vague de contagion de la COVID-19. Soudainement, il est devenu très, très populaire. Son article a été consulté des dizaines de millions de fois par des citoyens, des chefs d’entreprise et des politiciens de partout dans le monde. Plusieurs y ont découvert la maintenant fameuse expression « aplatir la courbe ».

Moins de dix jours plus tard, il a publié un autre article qui a confirmé sa notoriété. Il y a comparé la première série d’actions contre le virus à un coup de marteau. Les pays qui ont fermé les frontières, les écoles et une bonne partie de l’économie ont frappé la contagion suffisamment fort pour aplatir la première vague.

Mais l’élément le plus intéressant de son article, c’était sur ce qui arrive après la première vague. Après le marteau, dit Pueyo, on va devoir apprendre à danser avec les prochaines vagues de contagion. On doit apprendre les bons mouvements pour stopper la propagation du virus avant qu’une vague ne prenne de l’ampleur, sans avoir besoin de ressortir le marteau.

Coronavirus cases

La métaphore utilisée par Pueyo est très utile pour mieux comprendre ce qu’on vit actuellement. Si on veut pouvoir contrôler la situation sanitaire sans compromettre notre économie, on doit apprendre les bons pas de danse pour mieux diriger notre bataille contre le virus. Si la contagion monte, on reconfine un peu à gauche, alors que si la contagion descend, on déconfine un peu à droite.

On doit être capable d’agir avec ce genre de précision chirurgicale pour étouffer la contagion dès qu’elle apparait, sans pour autant étouffer notre économie.

Des frappes chirurgicales contre le virus

Concrètement, au Québec, on a maintenant un système d’alertes régionales pour articuler cela. Ça fonctionne avec quatre paliers de couleurs : vert pour les régions où la contagion est sous contrôle, jaune là où ça se fragilise, orange là où ça s’aggrave plus sérieusement et rouge comme niveau d’alerte maximale.

Système d'alerte régionale et d'intervention graduelle à 4 paliers

Si un reconfinement est nécessaire, il se fera donc en fonction du niveau de contagion propre à une région particulière. Si rien ne va plus à Laval, par exemple, on pourrait y fermer certains types de commerce, sans pour autant toucher à ceux de Montréal et du reste Québec. De la même façon, ce n’est pas parce que l’Outaouais ne l’a pas facile que la Gaspésie sera dans le rouge.

Autrement dit, on ne refermera pas le Québec au complet, d’un seul coup, comme on a vu au printemps. Et même si on doit reconfiner certaines régions en particulier, on va d’abord viser les secteurs les plus problématiques. Ceux où on n’arrive pas à appliquer convenablement les consignes de santé publique. On pourrait, par exemple, fermer les bars sans fermer les écoles, comme on l’a vu en Colombie-Britannique.

À nous de danser

En suivant ce système d’alerte et en continuant de tester massivement, on devrait réussir à danser avec le virus et à le frapper de façon chirurgicale. On ne devrait donc pas avoir à refermer le Québec au grand complet.

Dans le pire des cas, certains secteurs dans certaines régions pourraient être reconfinés momentanément. Dans le meilleur des cas, la population va continuer à respecter les consignes de santé publique et on va continuer à avancer prudemment vers le déconfinement.

Le choix nous appartient.

2020 est-elle la pire année de votre vie?

 

 28 août 2020

Je lisais dernièrement qu’un Canadien sur deux considère que 2020 est la pire année de toute sa vie. Ce n’est pas rien! C’est donc dire que la moitié de la population canadienne estime que cette année est la plus difficile de toute son existence. C’est l’un des constats qui émanent d’un sondage hebdomadaire de la firme Léger publié le 10 août dernier.

Il est évident que vivre — ou plutôt subir — une pandémie mondiale, c’est loin d’être rose, on s’entend.

Mais est-ce que l’année 2020 est véritablement la pire de notre existence?

Pour ma part, j’aurais toutes les raisons d’affirmer que oui, de m’acharner sur mon sort en me plaignant que la vie m’en veut et que 2020 est, sans l’ombre d’un doute, une année à oublier, voire la pire jamais vécue.

Par exemple, j’ai dû me résigner à reporter le mariage que mon conjoint et moi planifions depuis trois ans. J’ai dû dire adieu à deux voyages dont j’avais TANT besoin. J’ai dû ramasser mon copain à la petite cuillère en raison de l’annulation de sa dernière session en soins infirmiers, avec tout ce que ça implique de ne pas pouvoir graduer dans les délais prévus, après avoir buché deux ans dans un programme accéléré. Et, évidemment, j’ai dû jongler, moi aussi, avec tous les nombreux désagréments engendrés par le coronavirus.

Mais, avec un pas de recul, mon côté optimiste a tendance à retenir davantage le positif de cette année noire… (Eh oui, il y en a!)

Voir le verre à moitié plein

Bien sûr, perdre son emploi, se séparer, faire le deuil d’un proche, perdre quelqu’un en raison de ce satané virus, faire faillite, devoir repousser une chirurgie ou des traitements, ne plus pouvoir voir ses proches ou se serrer dans nos bras comme avant, voir son niveau de stress financier augmenter, vivre des problèmes de santé mentale, se sentir isolé, désemparé, dépressif et peut-être même en colère devant toutes les incertitudes et les mesures sanitaires imposées en raison du virus, ce n’est pas facile. Les soucis et les dommages collatéraux entourant la COVID-19 sont innombrables et n’ont pas fini d’avoir des répercussions dans nos vies et celles de nos proches.

Mais, je refuse de voir le verre à moitié vide.

Oui, la COVID, c’est de la merde. Personne n’a souhaité vivre ça et tout le monde a hâte qu’on en finisse et qu’on vienne enfin à bout de ce virus une fois pour toutes pour enfin recommencer à vivre comme avant.

Mais malgré tout, je suis persuadée qu’en tant qu’être humain, qu’en tant que société, qu’en tant que nation, nous ressortirons profondément changés et grandis de cette épreuve, que la COVID-19 nous lèguera, finalement, quelque chose de positif.

Se (re)connecter

Le confinement nous aura forcés à ralentir et à revenir à l’essentiel. Bien sûr, tout le monde n’a pas vécu le confinement de la même manière. (Je pense ici à tous nos anges gardiens du réseau de la santé et tous les travailleurs essentiels qui, eux, n’ont vraiment pas chômé pendant le confinement…) Mais, globalement, j’ai l’impression que ce temps de pause aura permis à plusieurs personnes de faire de l’introspection et d’opérer certains changements dans leur vie… pour le mieux.

Personnellement, je me suis rapprochée des gens que j’aime. Presque chaque soir, je faisais des appels « FaceTime » avec mes parents et mes frères, juste pour jaser… chose que nous n’avions jamais faite auparavant. Je n’ai jamais autant appelé mes grands-parents ou pris des nouvelles de mes ami(e)s. Avec du recul, cela peut paraître bizarre, mais j’ai l’impression que le fait de ne pas pouvoir se voir nous a rapprochés. Il y a aussi eu tout ce bel élan de solidarité avec les arcs-en-ciel dans les fenêtres qui nous rappelait, quand on prenait nos marches (à la suggestion du premier ministre lui-même!), que nous étions tous ensemble dans ce même bateau.

Parallèlement, de nombreuses entreprises ont dû se doter, à vitesse grand V, de systèmes informatiques pouvant permettre à leurs employés de travailler à distance. Je crois que cette modernisation rapide des milieux de travail est l’un des avantages de la pandémie. La possibilité de faire son métier à partir de n’importe où peut, dans une perspective d’avenir, devenir une avenue très séduisante pour une meilleure conciliation travail-famille ou encore pour un meilleur équilibre de vie. Quoi de plus agréable que de travailler en mou, dans le confort de son foyer en ayant la possibilité de faire son lavage? Certains ont même profité de la possibilité de travailler à distance pour fuir la ville et s’installer en campagne. À en croire un sondage de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), qui rapporte que 6 travailleurs sur 10 souhaiteraient poursuivre le travail à distance après la pandémie, il y a fort à parier que le télétravail continuera de gagner des adeptes… et, qui sait, permettra peut-être même  de repeupler nos régions!

Dépenser chez nous

Parlant des régions, ces dernières ont pu, elles aussi, bénéficier des avantages de la pandémie, alors que les Québécois ont profité, de la période estivale plus que jamais pour les (re)découvrir.

On se souviendra qu’au moment de déconfiner graduellement les différents secteurs de notre économie, les campeurs québécois étaient nombreux à taper du pied et à réclamer au gouvernement de permettre, sans plus attendre, la réouverture des terrains de camping. Jamais ce loisir n’aura soulevé autant les passions au Québec! Eh bien, je serais prête à parier que bien des gens se sont nouvellement découvert un intérêt insoupçonné pour les nuits à la belle étoile et les journées au grand air.

À preuve, les cartes annuelles de la Sépaq, offertes à moitié prix spécialement en temps de pandémie, se sont envolées comme des petits pains chauds. Pas moins de 60 000 laissez-passer annuels pour nos parcs nationaux ont trouvé preneurs en seulement 24 heures.

Idem pour les autres lieux d’hébergement touristique : il fallait s’y prendre à l’avance pour espérer pouvoir dénicher quelques nuitées sur un terrain de camping, dans un hôtel, un chalet ou un bed and breakfast en région au Québec, particulièrement lors des deux très populaires semaines de la construction!

À mes yeux, découvrir le Québec n’est pas un prix de consolation. L’immensité de notre territoire, la beauté de nos grands espaces et nos produits du terroir n’ont rien à envier à quiconque!

Consommer local

D’ailleurs l’engouement pour les produits de nos vignobles, microbrasseries, distilleries, cidreries et entreprises agrotouristiques québécoises de toutes sortes fut aussi sans aucune commune mesure cet été au Québec. Plusieurs entreprises ont été littéralement dévalisées et ont enregistré des ventes record! Beau problème me direz-vous…

Parmi les leçons qu’il faudra tirer de la pandémie, l’importance de l’autosuffisance (de la production de matériel médical et de médicaments), mais aussi de l’autonomie alimentaire trônent, à mon avis, en tête de liste.

Déjà, le gouvernement a posé un geste important en ce sens avec la réduction des tarifs d’hydroélectricité liés à la production en serres. Grosso modo, ce nouveau tarif préférentiel va permettre aux producteurs en serres d’économiser pas moins de 40 % sur leur coût annuel en énergie, une mesure qui devrait profiter à près de 1000 producteurs au Québec… et, ultimement, nous permettre de consommer des fruits et légumes frais du Québec à l’année.

Moi, ça me rend fière de choisir de bons produits fabriqués ou cultivés ici, par des passionnés de chez nous à la sueur de leur front. Et c’est en partie comme ça qu’on va la relancer notre économie, en donnant les moyens à nos entrepreneurs et à nos producteurs de continuer à faire ce qu’ils font de mieux.

Le début d’un temps nouveau

Le 1er janvier dernier, là où tout le monde se souhaitait une année grandiose, pleine de changements positifs, de résolutions inspirantes, de santé et de succès dans leurs études, personne ne se doutait que, finalement, le début de cette nouvelle décennie serait tout sauf comme on l’avait imaginé.  Si vous m’aviez demandé, il y a quelques mois, au pic de la pandémie, si 2020 était la pire année de ma vie, j’aurais répondu à l’affirmative sans hésiter.

Aujourd’hui, avec un pas de recul, si on me posait la question, ma réponse serait bien différente. Certes, la COVID-19 nous aura frappés de plein fouet sans aviser. Les écueils de cette année pandémique laisseront des marques indélébiles. Mais, comme le chantait la chanteuse Renée Claude, emportée tristement par la COVID à l’âge de 80 ans, pour moi, « c’est le début d’un temps nouveau ». La vie ne sera plus jamais comme avant… et je suis persuadée que ce sera pour le mieux!

 

 

 

Relancer quelle économie?

 
Relancer quelle économie?

 19 août 2020

Une économie, c’est très rare que ça prend une pause. Ou du moins, c’est très rare que ça ralentit aussi brutalement que ce qu’on a vu dans les derniers mois. Tant mieux, parce que c’est désastreux quand ça arrive. Pour nos entreprises, pour nos familles, pour nos jeunes, c’est un choc qui va continuer de se faire sentir pendant des années.

Mais c’est aussi une occasion. Une rare occasion d’ajuster notre jeu entre deux périodes. De s’arrêter pour réfléchir au Québec qu’on veut laisser à nos enfants.

La mauvaise nouvelle, c’est que le choc a été dur. Très dur. La bonne nouvelle, c’est qu’on était en train de prendre les devants avant que le confinement arrive. Notre économie roulait à plein régime et cette position enviable ne s’est pas envolée avec la pandémie. Elle nous donne maintenant tout ce qu’il faut pour nous relever encore plus fort.

La question n’est donc pas de savoir si notre économie va repartir, mais plutôt quand, et surtout, comment. Il n’y a évidemment pas une seule bonne réponse à cette question, mais si on y pense bien, il y a une certaine vision du Québec qui se dessine. La vision d’un Québec plus prospère, plus scolarisé et plus vert.

À long terme, c’est l’éducation qui doit être notre grande priorité. À moyen terme, c’est l’augmentation des investissements privés dans des domaines d’avenir qui nous permettra de nous enrichir collectivement. Et à court terme, c’est l’accélération des projets d’infrastructure qui servira de bougie d’allumage pour relancer notre économie.

Un choc économique sans précédent

Dès la mi-mars, Angela Merkel en a surpris plusieurs en parlant de la pandémie comme du « plus grand défi depuis la Deuxième Guerre mondiale ». Venant de la chancelière allemande, disons que la déclaration avait un certain poids. Mais tout de même, à ce moment-là, il y en avait plusieurs pour y voir de l’enflure verbale.

Quelques mois plus tard, les chiffres lui donnent pourtant raison. Le nombre de décès s’approche déjà des plus importantes guerres des sept dernières décennies. Et le portrait n’est pas plus joyeux du côté économique.

Pour 2020, on prévoit ainsi une chute du produit intérieur brut (PIB) mondial de 4,9%, et de 8% pour les pays avancés seulement. À titre de comparaison, la crise économique de 2008 avait engendré une baisse de 1,7% du PIB mondial en 2009. Il faut remonter à la fin de la Seconde Guerre mondiale pour trouver un équivalent à ce qu’on vit actuellement.

Et même en retournant 150 ans en arrière, la pandémie de coronavirus continue de battre des records. Jamais dans le dernier siècle et demi n’aura-t-on vu autant de pays en récession simultanément.

Proportion de pays en recession

Graphique : https://blogs.worldbank.org/opendata/understanding-depth-2020-global-recession-5-charts

Le Québec n’a pas été épargné par ce choc sans précédent, loin de là. La chute anticipée de notre PIB en 2020 est plus forte que la moyenne mondiale, à 6,5%. Pour l’ensemble du Canada, on prévoit une baisse de 6,1%. Pour les États-Unis, on parle de 8%.

Il faut dire que le Québec est l’un des endroits en Amérique du Nord, et même dans le monde, où les mesures de confinement ont été les plus fermes au début de la pandémie. Notre discipline collective a permis de sauver des milliers de vie, mais elle a aussi engendré des pertes d’emplois plus importantes qu’ailleurs. Ceci explique cela.

On part en position enviable

Mais la bonne nouvelle dans tout ça, donc, c’est que le Québec était dans une position enviable avant le confinement. Notre économie flirtait avec la position de tête pour trois indicateurs clés : la croissance économique, le taux de chômage et l’état des finances publiques.

Du côté de la croissance, en 2019, le Québec a surpassé nos voisins ontariens, tous les pays du G7, et même de l’ancien G8! Tout indique que notre économie sera en mesure de continuer sur cette belle lancée après le choc de 2020. Déjà, les prédictions du Québec pour 2021 dépassent celles du reste du Canada. Bien sûr, il demeure beaucoup d’incertitude sur l’évolution de la pandémie et le moment de la relance, mais le Québec a tout ce qu’il faut pour repartir en force.

Croissance du PIB en 2019

Données : https://donnees.banquemondiale.org/indicateur/NY.GDP.MKTP.KD.ZG?year_high_desc=true

Du côté du taux de chômage, les chiffres du Québec avaient de quoi impressionner depuis un an. On a carrément réécrit notre livre des records en la matière durant l’automne, et on s’est constamment maintenu sous la moyenne canadienne.

La pandémie a frappé plus fort chez nous qu’ailleurs au Canada, particulièrement chez les jeunes, mais on a retrouvé la position de tête en juillet. Un résultat qui a de quoi nous rassurer sur la résilience de notre économie et sur sa capacité à repartir sur les chapeaux de roue.

Taux de chômage juillet 2019 - juillet 2020

Données : https://www150.statcan.gc.ca/n1/pub/14-20-0001/142000012018001-fra.htm

Du côté des finances publiques, le Québec est tout simplement le champion canadien. Lors de la dernière mise à jour des résultats financiers pour 2019-2020, le Québec était, et de loin, la province ou le territoire ayant déclaré le surplus le plus important. L’Ontario, l’Alberta, le Manitoba et la Saskatchewan, notamment, devaient pour leur part engranger des déficits.

Les effets de la pandémie continueront sans doute de chambouler ces prédictions et de se faire sentir encore longtemps. Pour 2020-2021, on prévoit déjà un déficit historique au Québec, quoique nettement inférieur à l’Ontario. Malgré cela, tout indique que nos finances sont celles qui auront le plus de facilité à absorber le choc et à s’en remettre.

Surplus / déficit 2019-2020

Données : https://stat.gouv.qc.ca/statistiques/economie/comparaisons-economiques/interprovinciales/chap13.pdf

On doit aussi revenir de l’arrière

Si les signaux économiques étaient au vert avant la pandémie, il ne faut pas oublier qu’on avait aussi un retard à rattraper. Depuis plusieurs décennies, l’économie québécoise traine de la patte face à notre voisin ontarien. L’écart est particulièrement criant du côté de la productivité.

Productivité du travail

Graphique : https://ehw.395.myftpupload.com/wp-content/uploads/2020/04/IDQ-Qu%c3%a9bec-Ontario-final.pdf

Le rattrapage avait déjà commencé avec nos belles performances de la dernière année. On a maintenant tout ce qu’il faut pour que ça se poursuive. La relance économique est l’occasion parfaite de se donner un grand défi collectif avec le rattrapage économique. Pas parce que la richesse est une fin en soi, mais parce qu’elle va nous donner les moyens de nos ambitions. Les moyens de s’offrir de meilleurs services publics et de bâtir un Québec plus fort.

Un des moyens les plus efficaces, à court terme, pour augmenter notre productivité, c’est le virage industriel vers la robotisation. Si on veut rattraper l’Ontario, on va devoir pousser davantage de nos entreprises dans cette voie. Ça tombe bien, parce que le Québec est en train de cimenter son expertise mondiale en intelligence artificielle. Il n’y a qu’un pas entre le développement de cette expertise et son application à notre secteur industriel.

Mais le rattrapage économique de notre voisin ontarien ne sera pas l’affaire de quelques investissements, ni, d’ailleurs, de quelques années. C’est un projet qui s’étalera vraisemblablement sur des décennies. On doit donc agir à court terme tout en s’appuyant sur une vision à long terme. Et pour s’enrichir collectivement sur l’espace de plusieurs décennies, il n’y a pas de levier plus puissant que l’éducation.

Miser sur l’éducation

L’éducation, c’est d’abord un moyen pour nos enfants d’aller au bout de leur potentiel. C’est un moyen de les outiller pour la vie qui les attend, de nourrir leurs passions et de les pousser à se dépasser. C’est un moyen de leur transmettre notre culture et notre histoire.

Mais d’un point de vue collectif, c’est aussi un formidable moteur économique. Un peuple plus scolarisé est un peuple plus riche, dans tous les sens du terme. Et en termes de croissance économique, il n’y a pas de meilleurs investissements à long terme que l’éducation.

La logique est simple : en moyenne, une personne avec un plus grand degré de scolarité sera plus productive. Une personne avec un diplôme secondaire, par exemple, est généralement plus productive qu’une personne qui n’en a pas. Un Québec plus scolarisé devrait donc engendrer une économie plus productive.

D’ailleurs, parallèlement à notre retard de productivité face à l’Ontario, nous accusons aussi un retard en matière de réussite scolaire. Les jeunes ontariens sont plus nombreux à finir leur secondaire et, donc, moins nombreux à décrocher.

Taux de diplomation secondaire 2017

Données : https://www150.statcan.gc.ca/n1/pub/81-604-x/2019001/tbl/tbla2.1-fra.htm

Pour renverser la vapeur et motiver nos jeunes à persévérer à l’école, il y a un geste très concret qu’on peut poser dès maintenant. C’est d’enfin bâtir les belles écoles qu’ils méritent. Ça fait beaucoup trop longtemps qu’on tolère des écoles en décrépitude et des locaux trop pleins. Comment peut-on demander à nos jeunes de persévérer quand on s’investit si peu dans leurs écoles? Ils méritent mieux que ça, et c’est à nous de leur offrir.

Il faut que la relance économique reste comme un point de bascule en éducation. Comme le moment où on a enfin accéléré le chantier d’une nouvelle génération d’école. Pour que dans 30, 40 ans, on se souvienne des années 2020 comme du tournant qui aura permis de combler notre retard économique en bâtissant un Québec plus scolarisé.

Stimuler l’économie verte

Pour réussir notre rattrapage économique, nous devons aussi agir sur un horizon un peu moins lointain, à moyen terme. Sur ce front, l’un des leviers les plus efficaces est l’augmentation des investissements privés. C’est un moyen de faire grimper notre productivité et de créer des emplois payants en quelques années, dans toutes les régions du Québec. Et si on canalise ces investissements dans la bonne direction, dans des domaines d’avenir, c’est à la fois un moyen de s’enrichir à moyen et long terme.

L’un de ces domaines d’avenir par excellence, c’est l’économie verte. Malgré la pandémie, les changements climatiques restent la principale menace à l’économie mondiale à long terme. L’électrification de l’économie et le développement de technologies vertes seront donc cruciaux dans la décennie à venir.

De ce côté-là, le Québec a l’avantage de partir en position de tête. Il n’y a aucune autre province ou territoire au Canada qui produit moins de GES par habitant. Notre hydroélectricité fait de nous un des meilleurs endroits au monde pour investir dans l’économie verte. C’est une de nos grandes forces sur laquelle il faut miser.

Émission de GES par habitant 2017

Données : http://www.environnement.gouv.qc.ca/changements/ges/2017/inventaire1990-2017.pdf

En plus de notre énergie propre, on a la chance de disposer d’immenses réserves de lithium dans le Nord québécois, l’un des ingrédients essentiels à la production de batteries. Le Québec est aussi l’un des principaux pôles mondiaux en intelligence artificielle, un ingrédient devenu essentiel dans la production de voitures intelligentes.

En additionnant tout ça, ce n’est pas difficile d’imaginer que le Québec pourrait devenir une plaque tournante du transport électrique de demain. Avec un peu d’imagination, on peut même s’imaginer recharger une batterie québécoise dans notre voiture intelligente, nos camions ou nos autobus avec l’énergie provenant de nos barrages hydroélectriques.

Ça peut paraitre audacieux, et ce l’est effectivement. Mais le Québec a plus que jamais besoin d’audace. C’est l’ingrédient qui va continuer de pousser notre nation à se relever plus fort des épreuves qu’on traverse.

Les infrastructures comme bougie d’allumage

À long terme, donc, c’est sur l’éducation qu’il faut miser. À moyen terme, ce sont les investissements privés dans des domaines d’avenir comme l’économie verte qui vont nous enrichir. Mais à court terme, on a aussi besoin d’une bougie d’allumage. Comme tout grand projet, la relance économique a besoin d’une étincelle.

S’il y a bien une recette qui a fait ses preuves par le passé pour repartir une économie rapidement, ce sont les investissements publics en infrastructure. D’abord parce que la construction a un effet immédiat sur l’emploi et l’activité économique. Mais aussi parce que le retour sur investissement est énorme à long terme.

C’est l’occasion de bâtir des belles écoles qui vont profiter à nos enfants pendant des décennies. Des maisons des aînés qui vont nous permettre de mieux prendre soin de nos personnes âgées. Des tramways et des réseaux de transport électriques qui vont nous aider à réduire nos émissions de GES.

Le Québec n’a pas traversé d’aussi grande tempête depuis des décennies. La relance économique est l’occasion d’en ressortir plus fort. C’est l’occasion de relever le grand défi collectif du rattrapage économique. Et surtout, c’est l’occasion de bâtir un Québec qui nous fait rêver. Un Québec plus scolarisé, plus vert et plus prospère.

Un Québec plus fort et plus fier.

Pour ou contre le port du masque?

 

 14 août 2020

Comme dirait mon oncle Bertrand, « ça, c’est une question à mille piasses, mon p’tit gars. » Et ma mère, elle, s’empresserait de m’annoncer fièrement : « moi, en tout cas, je suis pour, et je le porte! » Tandis que ma blonde me demanderait tout simplement si je ne suis pas encore « en train d’écrire un autre article sur la Covid-19? »

Mais moi, je ne suis pas sûr que ce soit la bonne question de départ que de demander si on est pour ou contre le port du masque. Ça fait deux jours que je me demande si on ne devrait pas se poser une question préalable… Et cette question, c’est celle-ci : êtes-vous pour ou contre le coronavirus?

Je vous pose la question, car je pense que tout le monde va me répondre qu’il est contre le foutu virus.

Alors si on est contre le virus, comment peut-on être, en même temps, contre le port du masque?

Je sais bien qu’on peut être contre le virus et contre le port du masque, parce que c’est suant au max de porter un masque. Mais si ça peut empêcher le virus de déclencher une deuxième vague, ça vaut la peine de le porter, non?

Porter un masque, ça ne tuera pas personne. Alors que le virus, si.

C’est bête, mais c’est la réalité. Le masque protège celui qui le porte autant que les autres. Il permet d’empêcher les gouttelettes du virus d’être transmises de l’un à l’autre. Et ça, ce n’est pas de la science-fiction, c’est la réalité.

Comme vous vous en doutez, j’ai fait mes devoirs avant d’avancer ça. J’ai lu tout ce qui s’est écrit sur le sujet. Et tout indique que le port du masque, le lavage des mains et la distanciation de 2 mètres sont encore nos meilleurs outils pour freiner la pandémie, en attendant la découverte du fameux vaccin qui l’endiguera pour de bon. Mais…

…car il y a toujours un mais, la seule manière d’y arriver c’est d’être le plus nombreux possible à porter un masque. S’il n’y a que moi ou que vous (ou que ma mère), ça ne donne rien.

Il suffit de voir les modélisations qu’a faites l’Institut national de santé publique pour réaliser rapidement que plus on se protégera (50-75% de contacts protégés), plus on maintiendra la courbe épidémique basse. Alors que si on n’est que 25 à 50% à le faire, les mois de septembre et octobre risquent fort de ressembler aux mois d’avril et mai.

Nouvelles hospitalisations par jour

C’est donc à nous tous de choisir, le genre d’automne que l’on désire.

Moi, personnellement, je préfère le premier graphique (ma blonde aussi).

Et je ne vous dis pas ce que ma mère en pense, car ce serait trop long à vous expliquer. (En résumé, elle trouve que les gens devraient juste écouter les consignes, au lieu de débattre de tout. « Ça sert à quoi de se chicaner sur tout? » Car pour elle, débattre c’est se chicaner.)

On pourrait aussi discuter longtemps du changement de cap face au port du masque, mais tout le monde connaît la réponse : au début de la pandémie, le Québec a frôlé la pénurie de masques. Il fallait réserver les masques au personnel médical. Quand bien même on supposerait toutes sortes de choses, ça ne changerait pas la réalité du début de la pandémie. Alors, poursuivons.

Le journal scientifique The Lancet a publié récemment une étude qui montre l’impact positif de la distanciation sociale et du port du masque. En regardant le tableau ci-dessous, on réalise que les chances de transmission passent de 12,8% à 2,6% quand on se tient à plus d’un mètre de distance et de 17,4% à 3,1% si on porte un masque.

Si vous faites le calcul, ça veut dire qu’en portant un masque et gardant ses distances, on réduit de 80% les chances de transmission du virus.

(Quand mon oncle Bertrand a vu les chiffres, il m’a dit d’écrire ceci : « Les sceptiques seront con-fon-dus! » Heu…? Il m’a assuré que les plus vieux comprendraient. J’espère que je ne fais pas un fou de moi. Et j’espère aussi que les sceptiques sont confondus.)

Le masque est devenu obligatoire au Québec dans les lieux fermés, le 18 juillet dernier. Et depuis ce fameux samedi, je ne cesse d’aller dans les lieux publics fermés pour voir comment se porte le Québec masqué : épicerie, quincaillerie, magasin de sports, librairies, papeteries, magasins de revues et journaux…

Et bien honnêtement, j’ai été plus que surpris de l’esprit de corps des Québécois. J’ai eu l’impression que tout le monde s’était passé le mot : « on met notre masque! » Je n’ai pas vu aucun incident comme celui du Tim Hortons où un amateur de beignes a défié les policiers au nom de ses droits et libertés (quitte à passer lui-même pour un beigne sur les réseaux sociaux).

Une seule fois depuis le 18 juillet, j’ai vu quelqu’un, au supermarché, qui portait son masque au menton. Mais dès qu’un employé lui a dit « votre masque… », tout de suite, le gars s’est excusé et l’a remonté jusqu’au-dessus de son nez.

Les gens portent « le masque comme on porte un drapeau. » C’est Stéphane Laporte qui serait content. Moi, je trouve ça cool. J’ai l’impression que c’est une nouvelle façon de fraterniser. Au lieu de regarder la dentition des gens, on regarde leur masque. Et on voit à leurs yeux s’ils sourient ou s’ils en ont « leur truck », comme dirait mon oncle Bertrand. Et plusieurs masques sont très beaux à regarder. Vraiment.

La meilleure raison de porter un masque

Elle est toute simple : personne ne veut attraper le virus et en garder des séquelles. J’ai vu à RDI deux documentaires sur des gens atteints de la Covid-19. Le premier se passait en Belgique, le second en Italie. Et ce fut un choc. On se croit à l’abri de tout jusqu’à ce que l’on visionne ces deux documentaires. Pour votre information, celui intitulé, Moi, Francesca, médecin italien contre la Covid, est toujours disponible sur tout.tv. Et il vaut la peine d’être vu, surtout par nous, les jeunes, qui nous croyons invincibles. Il faut voir ce jeune de 17 ans sous respirateur, plongé dans le coma… Il faut surtout le voir se réveiller et parler à sa famille… Juste leur dire « bonjour » est une souffrance. Et il faut le voir être guéri et entrer en réadaptation, pour réapprendre à marcher, à parler, à vivre…

C’est quand on voit la détresse des autres en direct qu’on se met à penser que ça pourrait aussi nous arriver.

Pourquoi, donc, porter un masque? Parce que la Covid-19 laisse des séquelles. Même chez ceux qui ont eu la version douce : celle de la fatigue extrême, mêlée à la perte de goût (agueusie) et la perte d’odorat (anosmie). Que diriez-vous, si vous ne pouviez plus rien sentir? Ni l’arôme de la sauce à spaghetti (celle de ma mère est la meilleure), ni l’odeur des cheveux de votre blonde ou de son parfum, ni celle des fleurs, ni même celle de votre poutine préférée.

Même chose pour le goût.

Ça vous donnerait quoi d’acheter le meilleur scotch de la terre si ça ne goûte rien? Ou de vous commander des sushis ou un tartare si vous ne pouvez même pas le savourer? Quand on ne goûte rien, c’est notre appétit pour tout qui s’en trouve amoindri. La vie goûte moins bon.

Et chez certaines personnes, les séquelles peuvent durer des mois. Alors peut-on vraiment se sentir invincibles, nous les milléniaux ou les zoomers?

Pas sûr…

D’autres raisons de porter un masque

Si les séquelles ne vous ont pas convaincu, j’ai quelques questions à vous poser. Et vos réponses risquent d’être autant d’arguments de porter un masque.

Quand vous conduisez, mettez-vous systématiquement votre ceinture de sécurité? (Quand il a lu la question, mon oncle Bertrand a dit : « P’tit maudit! Là tu pognes de quoi. ») Et pourquoi la portez-vous? Pour vous protéger.  C’est la même chose avec le masque (la distanciation sociale et le lavage des mains).

Quand vous avez une relation sexuelle avec une nouvelle partenaire, pourquoi mettez-vous un condom? Pour vous protéger. Et pour la protéger aussi. Même chose avec le masque.

Quand votre enfant apprend à faire du vélo, pourquoi lui mettez-vous un casque? Pour le protéger. Même chose avec un masque.

Pourquoi les gars de la construction (ma mère fait dire qu’il y a aussi des filles de la construction…) portent-ils des bottes avec des caps d’acier? Pour se protéger.

Pourquoi les gardiens de but portent-ils des masques? Pour se protéger des lancers qui pourraient les défigurer?

Et si mes arguments ne réussissent pas à vous convaincre, peut-être que ces deux articles, l’un d’une pédiatre new-yorkaise et l’autre d’une épidémiologiste professeure de la Harvard Medical School, vous convaincront davantage.

J’ai une proposition à vous faire

Et si, en terminant, je vous lançais une idée? Une idée toute simple – vous allez voir, c’est malade! -, mais qui pourrait régler tous les problèmes et nous éviter bien des bêtises.

Et si on décidait – collectivement! – de faire de 2020 L’Année du masque? Si on s’engageait tout le monde à porter notre masque jusqu’au Bye-Bye 2020? Si on lançait un vaste mouvement : Moi, je porte mon masque jusqu’au Bye-Bye 2020.

Vous allez me dire : « Tu nous niaises? » Non. Pas le moins du monde. Au contraire. Le 31 décembre, c’est dans cinq mois. Posez-vous la question : « C’est quoi, cinq mois dans votre vie? »

Moi, c’est 1/65e de ma vie. Ma mère? C’est 1/127e de sa vie. Ma blonde? 1/62e. Mon oncle Bertrand? 1/146e. Madame Dubreuil (ma voisine)? 1/209e de sa vie. Son chien Kiki? Je n’en ai pas la moindre idée…

Et vous? C’est quoi cinq mois dans votre vie? C’est quoi vous engager pour cinq mois, si ça peut mettre fin au maudit virus et sauver des milliers de vies?

Pensez-y…

Pandémie et changements climatiques : est-ce qu’on avance?

 
Pandémie et changements climatiques

 12 juillet 2020

La réponse est oui, définitivement.

Quand la pandémie s’est invitée sur la planète, la pollution s’est mise sur pause en même temps que l’économie. En consultant les journaux et magazines d’ici et ailleurs – je suis un grand consommateur de ces choses-là, malgré mon jeune âge -, on réalise que les émissions de certains polluants ont chuté drastiquement.

En Chine, par exemple, les émissions de gaz carbonique (CO2) ont chuté de 25%. L’Italie aurait vu ses émissions de dioxydes d’azote (NO2), provenant principalement du trafic routier, baisser de plus de 50%. À New York la pollution atmosphérique a reculé de 30%. Tandis qu’à Delhi, elle aurait chuté de 60%,

On a pu voir aussi, sur les réseaux sociaux – mon oncle Bertrand trouve que je passe trop de temps là-dessus -, que les eaux du grand canal de Venise étaient redevenues limpides. J’ai même vu une publication où l’on disait que les dauphins seraient revenus dans un port de Sardaigne. (Ma mère pense que c’est un photomontage. Il ne faut pas s’en faire, elle pense toujours que tout est truqué de toute façon.)

Plus de pollution = plus de décès

J’ai même trouvé des liens vers des recherches qui font le lien entre les décès et le niveau de pollution de l’air, comme cette étude de l’Université Martin Luther de Halle-Wittenberg en Allemagne, rapportée dans les Notes de la Colline de la Bibliothèque du Parlement, précisant que 78% des décès dus à la Covid-19 en Italie, en France, en Espagne et en Allemagne sont survenus dans les régions où la pollution atmosphérique était la plus forte.

Futura-Sciences, de son côté, est allée jusqu’à affirmer que la pollution en Chine avait tellement diminué que l’épidémie avait « paradoxalement épargné plus de vies que les décès qu’elle a provoqués ». Car la pollution en Chine ferait chaque année, 1,1 million de victimes.

Je suis même tombé sur un entretien avec Hubert Reeves, dans Le Parisien, où il affirmait (en 2016) que la plupart des enfants chinois n’avaient jamais vu un ciel étoilé. Rassurez-vous Monsieur Reeves, peut-être qu’en ces temps de pandémie, les petits Chinois ont enfin pu assister au grand spectacle que produit le ciel, la nuit…

C’est malade tout ce que l’on peut trouver quand on s’en donne la peine. (Ma blonde dirait « surtout quand on a du temps à perdre. » Mais passons.) Non content de mes trouvailles – et confinement oblige -, j’ai décidé de voir si c’était la même chose chez nous; si la Covid-19 avait aussi un impact sur la qualité de l’air du Québec.

Et la réponse est oui. Même s’il s’agit de résultats préliminaires, ils sont plus que probants. Durant la première phase de la pandémie, tous les polluants associés au transport routier ont subi une diminution allant de 35% à 80%. Et c’était vrai autant à Montréal, Laval ou Brossard, qu’à Québec ou Gatineau.

Concentrations de dioxyde d’azote

Les concentrations de dioxyde d’azote (NO2) auraient diminué de moitié à compter du 9 mars.

Conclusion? La réponse est la même partout. La pandémie a donné du mal à l’humanité tout entière, mais elle a fait tellement de bien à la planète.

Et si Donald Trump voulait poursuivre la Chine pour avoir mis à mal l’économie américaine, Greta Thunberg, elle, aurait dû écrire une lettre de remerciement aux Chinois de Wuhan pour avoir, sans le vouloir, fait autant de bien à la planète en si peu de temps. (Ma mère trouve que c’est une joke plate. Mais, à sa défense, le sens de l’humour n’a jamais été sa plus grande force.)

Une série de constats et une grande question…

Quand on aime chercher des réponses, on se pose obligatoirement beaucoup de questions. Et l’une de ces questions m’est apparue un bon matin, en promenant Kiki, le petit chien (Yorkshire) de madame Dubreuil, ma voisine de 87 ans. (Madame Dubreuil n’ose pas encore se déconfiner. C’est sa petite-fille qui fait ses commissions une fois par semaine. Et c’est moi qui sors son chien deux fois par jour. C’est ma façon d’être utile, et ma blonde trouve que ça me fait du bien de prendre un peu d’air.)

En fait, c’est une série de constats que j’ai faits et qui m’ont mené à une question fondamentale.

Le premier constat que j’ai fait, c’est qu’on aime ça, nous, les Québécois, critiquer. On est sur le bord d’être chialeux, comme dirait mon oncle Bertrand. Ce n’est jamais assez ci ou jamais assez ça.

Le deuxième constat, c’est qu’on met souvent ça sur le dos des autres. C’est la faute du gouvernement, des riches, du voisin, du concurrent, du partenaire, du professeur, des parents, des enfants, du patron, du syndicat… mais rarement de notre faute à nous. Les autres ont le dos large (sauf les syndicats, mais ça, c’est une autre histoire…). Et nous, pas tant que ça. On aime la critique, mais on n’aime pas être critiqué.

Alors j’ai décidé de pousser plus loin ma recherche, et d’aller voir si la pandémie avait mis aussi sur pause tous les efforts qui doivent être déployés pour le climat.

Et cela vient d’un troisième constat. L’enjeu des changements climatiques est tellement grand qu’on a l’impression que c’est au gouvernement de prendre les commandes et de tracer la voie; parce que la part de chacun est bien peu de choses dans la balance.

Qui dit vrai?

J’ai fouillé et fouillé pour savoir si le Québec se classe bien ou pas, en matière de changement climatique, en Amérique du Nord et dans le monde. En Amérique du Nord, c’est facile, le Québec est au premier rang des états qui émettent le moins de GES. Et il est classé 7e au monde selon le Conference Board, juste devant la Norvège. Alors que le Canada est à la traîne selon le German Watch, et viendrait au 54e rang mondial, sans doute à cause du pétrole des sables bitumineux.

Les gens derrière le Pacte pour la transition disent qu’on n’est pas très bon, et d’autres disent que « le Québec est loin d’être un cancre ». Pourtant les chiffres ne mentent pas. Le Québec est le meilleur élève des 10 provinces canadiennes et des 50 états américains.

Le seul point sur lequel tout le monde s’entend toutefois, c’est sur l’importance de prendre soin de notre environnement. Oui, tout le monde est du même avis :  gouvernements, riches, voisins, concurrents, partenaires, professeurs, parents, enfants, patrons, syndicats. C’est déjà un bon début.

Alors n’écoutant que mon courage (et au grand désespoir de ma blonde qui m’a malicieusement menacé d’en profiter pour s’inscrire sur un site de rencontres), j’ai décidé d’aller voir tout ce que le gouvernement avait mis en branle depuis la dernière élection.

Et là, autant le dire tout de suite, j’ai été surpris. Agréablement surpris de voir tout ce qui a déjà été entrepris. C’est dur à croire le nombre de mesures qui sont déjà en chantier. Voyez par vous-mêmes…

Côté environnement, ça bouge au Québec.

Dès le premier budget, en mars 2019, le gouvernement annonce des investissements de 1,3 milliard de dollars qui serviront tant pour encourager le transport durable (dont la prolongation du programme Roulez vert) que pour accompagner les entreprises dans leur transition énergétique ou décontaminer  des terrains stratégiques ou encore pour moderniser des centres de tri. C’est là aussi où j’ai appris qu’avec « une production moyenne de 9,6 tonnes de CO2  par habitant, le Québec se situe bien en deçà de la moyenne canadienne qui est de 19,4 tonnes par habitant ».

Des actions concrètes

En avril 2019, pour prévenir les déversements illégaux de sols contaminés, le gouvernement lance un projet de règlement pour imposer la traçabilité de tous les mouvements de sols contaminés excavés au Québec, du lieu d’excavation au lieu de réception. La raison? Mettre fin aux déversements illégaux de sols contaminés qui polluent le territoire depuis des années. Il paraîtrait même, selon les médias, que la mafia et les Hells seraient impliqués dans l’affaire.

En juin 2019, le gouvernement annonce la création de cinq groupes de travail qui l’aideront à l’élaboration de son Plan d’électrification et de changements climatiques, qui devait être présenté au début 2020. Ce plan vise cinq choses : l’électrification de l’économie, l’efficacité énergétique, la mobilité durable, l’aménagement du territoire et l’adaptation aux changements climatiques. Personnellement, je trouve ça intelligent de partir de notre force : l’hydro-électricité. (Mon oncle Bertrand aussi, « parce que ça fait 75 ans qu’on est des experts mondiaux en la matière ».) Et parallèlement aux groupes de travail, le gouvernement a aussi entrepris une tournée spéciale des régions pour écouter les actions et les solutions des acteurs régionaux pour réduire les GES.

En octobre 2019, le gouvernement propose un projet de loi qui met fin au Fonds vert, en créant un Fonds d’électrification et de changements climatiques, fonds qui sera « entièrement consacré à la lutte contre les changement climatiques et l’électrification de l’économie ». Ça va faire changement du gaspillage de fonds publics sur plein de projets qui n’ont rien à voir avec les changements climatiques.

Chaque petit geste compte

Mais ce qui m’a étonné encore plus, en poussant ma recherche, c’est que le gouvernement a compris ce que la plupart des gens ont compris aussi : chaque petit geste compte. Et c’est dans cet esprit qu’en novembre 2019, le gouvernement a annoncé un nouveau règlement pour accélérer la récupération et la valorisation des gros électroménagers en fin de vie. Mine de rien, cette mesure va permettre une baisse de 200 000 tonnes de GES par année, selon ce que j’ai lu. Ce qui équivaut à des émissions annuelles de 60 000 voitures. Avant ça, quand notre frigo était fini, il s’en allait direct au dépotoir, sans être recyclé.

Toujours en novembre 2019, le gouvernement dépose un projet de loi pour accroître son réseau d’aires protégées et assurer, une fois pour toutes, la protection de l’intégralité de l’île d’Anticosti. Ce qui aidera grandement la candidature de l’île à tire de site du patrimoine mondial de l’UNESCO. Honnêtement, il était temps qu’on s’en occupe, et qu’un gouvernement décide de respecter les engagements internationaux.

Et le 30 janvier 2020, le jour même où l’OMS déclarait l’urgence sanitaire internationale face à la Covid-19, le gouvernement créait une « révolution » en confirmant l’élargissement de la consigne à tous les contenants de 100 ml à 2 litres, qu’ils soient en plastique, en verre ou en métal, incluant les bouteilles de vins et de spiritueux. Ça, ça veut dire qu’on va enfin pouvoir recycler nos bouteilles de la SAQ (au grand plaisir de mon oncle Bertrand qui, il faut le dire, aime beaucoup la SAQ). Et ça veut surtout dire qu’on va pouvoir recycler plusieurs milliards supplémentaires de bouteilles de plastiques et autres contenants.

À nous aussi de faire notre part

J’aurais pu continuer à vous faire la liste de toutes les mesures entreprises par le gouvernement depuis son élection, mais je pense que c’est aussi à chacun d’entre nous de faire sa part.

J’étais à la grande marche pour le climat, le 27 septembre 2019. J’étais une des 500 000 personnes qui ont manifesté tant leur amour de la planète que l’urgence d’en prendre grand soin. Mais je vous avouerai que j’en suis sorti perplexe aussi. Chaque fois que je voyais quelqu’un jeter un papier par terre, un gobelet de café ou une bouteille vide en plastique, je me disais que ça ne servait à rien de demander qu’on en prenne soin si ça ne nous dérangeait pas de la salir. (Mon oncle dirait « Il faut que les bottines suivent les babines. ») Bien sûr, j’ai vu aussi des gens avec leurs sacs à poubelle, qui ramassaient les déchets des autres pour être cohérents avec eux-mêmes. Mais je me suis demandé si, en ramassant les déchets des autres, ils ne participaient pas plutôt à masquer leur hypocrisie.

Les donneurs de leçons

Le Québec, comme le reste de la planète, je présume, compte son lot de donneurs de leçons. Mais je pense qu’ils devraient, eux aussi, prendre le temps de se regarder dans le miroir. Pourquoi? Tout simplement parce que j’ai beaucoup de misère à gober les paroles de quelqu’un qui veut changer le monde alors qu’il possède une maison de campagne sur le bord du fleuve ou directement sur les pentes de ski. Je trouve ça pas très crédible qu’on me dise de faire attention et – pire! – qu’on me fasse la morale quand on a deux voitures et deux maisons; et qu’on emballe les restes de son tartare dans du coton ciré pour être écolo.

Et pour illustrer ce que j’avance, permettez-moi de vous citer un article qui m’avait sidéré quand je l’ai lu en février 2019. Cet article est paru dans Le Monde diplomatique, et s’intitule La Caste au pouvoir. On y apprend non sans surprise que le président français, Emmanuel Macron, s’était entouré du premier « gouvernement de riches », avec pas moins de quinze ministres et secrétaires d’État millionnaires sur trente-deux; dont le fameux ministre de la Transition écologique et solidaire de l’époque, Nicolas Hulot, qui possédait pour plusieurs millions de biens immobiliers en Corse, en Savoie et dans les Côtes-d’Armor, en plus de posséder « six voitures, un bateau, une moto et un scooter… électrique ».

Comme quoi même les bottines de celui que tout le monde considérait comme grand écologiste ne suivent pas nécessairement ses babines. Ou que mieux vaut regarder ce qu’ils font que d’écouter ce qu’ils disent.

C’est pour cela que je préfère m’en tenir aux faits.

Et le fait est que ma blonde m’attend depuis une demi-heure pour souper.

Nos écoles peuvent-elles s’adapter à la pandémie?

 
NOS ÉCOLES PEUVENT-ELLES S’ADAPTER À LA PANDÉMIE?

 5 juillet 2020

Si l’on se fie au succès du retour en classe de ce printemps, la réponse est oui. Mais il n’y a pas que ça. Avec le plan de match pour la prochaine rentrée, nos écoles seront mieux outillées que jamais pour aider nos jeunes à réussir malgré la pandémie.

Dans les derniers mois, les Québécois de toutes les générations se sont rassemblés pour freiner la propagation du virus. Tous ensemble, nous avons fait des sacrifices énormes pour nous protéger les uns les autres. Nous avons une fois de plus démontré la résilience exceptionnelle de notre peuple.

Le Québec a été l’endroit en Amérique du Nord où les consignes de santé publique ont été le plus respectées. Ça ne nous a malheureusement pas épargné un échec dans nos résidences pour aînés, mais dans le reste de la population, le pire a été évité. Nous n’avons pas été témoins des horribles scènes d’hôpitaux et de morgues débordés, comme ailleurs dans le monde. Nous n’avons pas non plus dû faire face aux choix insupportables qu’aurait imposés une pénurie de respirateurs. Et dans l’ensemble, le bilan du Québec est beaucoup moins sombre que ce que certains laissent entendre.

Tous nos efforts ont payé, donc, mais ils ont aussi coûté. Dans toutes nos régions, des milliers de travailleurs se sont retrouvés sans emploi du jour au lendemain. Des milliers de familles se sont retrouvés en difficulté financière. Et des milliers d’enfants ont dû cesser d’aller à l’école.

Il serait trop facile de regarder de haut le malheur de nos jeunes

Ce serait une grave erreur. Les enfants sont la plus grande richesse d’un peuple. Et pour les plus vulnérables d’entre eux, quelques semaines de retard à l’école peuvent faire toute la différence.

Le succès du retour en classe de ce printemps a de quoi rendre optimiste. Mais nous ne devons pas oublier que le virus est toujours là. Nous ne sommes pas à l’abri d’une deuxième vague cet automne.

L’enjeu des prochains mois n’est donc pas seulement de vaincre le virus, mais aussi d’apprendre à vivre avec lui. D’apprendre à s’y adapter et à réussir malgré lui.

Dans nos écoles, nous avons tout ce qu’il faut pour y arriver.

La décision de prioriser nos enfants

Après coup, la décision de renvoyer les élèves du primaire à l’école ce printemps, en dehors de la région de Montréal, peut paraitre évidente. Mais il faut se rappeler que ça n’avait rien d’un choix facile. Au contraire, le choix facile, sur le coup, aurait été de se donner rendez-vous à l’automne.

Après des semaines de strict confinement, beaucoup de parents avaient peur pour leurs enfants. C’est compréhensible. Le reste du monde commençait à peine à sortir du confinement et le virus circulait encore. Mais les données montraient que la contagion avait été freinée en dehors de la région de Montréal et que le risque de renvoyer les enfants à l’école était faible.

Plusieurs voix dans l’espace public ont tout de même misé sur la peur pour militer contre la réouverture des classes. Mais heureusement, notre premier ministre a su en faire fi pour écouter la science et prendre la décision qui s’imposait. Une décision difficile, mais nécessaire. La décision de prioriser nos enfants.

En rouvrant seulement les écoles primaires en dehors de la région de Montréal, le Québec a agi prudemment, mais aussi avec une audace bien placée. Avec la Colombie-Britannique, le Québec est l’un des seuls endroits en Amérique du Nord qui a rouvert ses écoles.

Cette audace était surtout nécessaire pour les élèves en difficulté. Pour les jeunes avec des troubles d’apprentissage ou des problèmes familiaux. Pour eux, le risque de rester à la maison devenait plus grand que celui de retourner à l’école.

Le résultat a finalement donné raison au premier ministre Legault. Parions que si c’était à refaire, il ne serait plus l’un des seuls à prendre cette décision.

Le succès du retour en classe

La principale crainte de ceux qui s’opposaient au retour en classe, c’était le risque de contamination et de conséquences graves pour les plus jeunes. Cette crainte ne s’est finalement pas avérée.

Le nombre de cas confirmés chez les enfants qui sont retournés à l’école est demeuré très faible. Et lorsqu’il y a eu des cas, les consignes de la Santé publique et du ministre de l’Éducation ont permis aux équipes-écoles d’intervenir rapidement.

Notre système d’éducation, mené par le ministre Roberge, a dû s’adapter à vitesse grand V pour réaliser ce tour de force. Partout au Québec, des directions générales de centre de services scolaire, des directions d’écoles, des cadres scolaires, des enseignants, des membres du personnel de soutien et des parents ont mis la main à la pâte pour y arriver. Ils ont permis de réduire au minimum les risques de contamination tout en aidant les enfants à finir leur année le plus normalement possible. Quant aux élèves, ils se sont montrés très résilients face aux nouvelles consignes.

Bien sûr, tout n’a pas été parfait. Nous faisons face à des circonstances exceptionnelles et c’est normal de devoir s’ajuster en cours de route. Mais le plus important, c’est que le résultat pour nos enfants a valu les détours pour y arriver.

Ce beau succès québécois est d’abord celui des directions d’école, des enseignants et des parents qui ont travaillé ensemble pour nos enfants. Ils méritent tous un grand bravo.

Le plan de match pour la rentrée

Au-delà des bénéfices immédiats pour les enfants qui ont pu retourner à l’école, le succès du printemps aura permis de préparer le terrain pour l’automne. Grâce à l’expérience que notre réseau de l’éducation a acquise dans les derniers mois, nous serons mieux outillés pour la rentrée.

Cette fois, tous les élèves du Québec retourneront sur les bancs d’école, de la maternelle au secondaire, y compris dans la région de Montréal. Afin de réduire les risques de contagion, la Santé publique demande que les classes soient organisées en différents groupes-classes.

L’idée est de permettre plus de contacts humains entre les élèves, sans pour autant augmenter de façon importante les risques de contamination. Si un élève devait être infecté, il serait plus facile de contenir la propagation et d’éviter un large foyer de contagion.

Quant aux enseignants, ils doivent maintenir une distanciation de deux mètres avec les élèves. Les risques de contamination demeureront donc minimes pour eux.

Avant même la rentrée, il y aura aussi plusieurs efforts importants pour aider les enfants qui ont pris du retard durant le printemps. Partout au Québec, des dizaines de milliers de jeunes auront profité de cours d’été pour se préparer à l’année qui arrive. Et en début d’année scolaire, notre ministre de l’Éducation mettra en place un blitz pédagogique pour combler les retards qui auraient pu être occasionnés par la pandémie.

L’annonce de ce plan par le ministre Roberge a été largement applaudie par les directions d’école, les enseignants et les parents

Le milieu de l’éducation s’accorde pour dire qu’un bon équilibre est atteint entre la santé des élèves et leur réussite scolaire.

Mais bien sûr, le succès de ce plan est directement lié à notre bataille collective contre le virus. Si la contagion devait repartir de plus belle cet automne, nos écoles devraient encore s’adapter. Et pour ça aussi, la préparation est déjà commencée.

Se préparer à une deuxième vague

Nous avons toutes les raisons de craindre une deuxième vague de contagion à l’automne. Et nous avons donc toutes les raisons de continuer de nous protéger en conséquence. Si nous restons disciplinés, nous devrions éviter le pire.

Mais nous devons aussi nous préparer à vivre avec le virus, à nous y adapter. C’est vrai en santé, c’est vrai en économie, et c’est aussi vrai en éducation. Évidemment, personne ne souhaite voir une deuxième vague, mais nous devons être prêts à y faire face.

Nous avons un bon plan A pour nos enfants. Nous aurons aussi un bon plan B.

Parallèlement à la préparation pour la rentrée, les centres de service scolaire devront se doter d’un plan d’urgence détaillé. L’objectif, c’est d’être prêt à continuer d’enseigner à distance si ça devient nécessaire.

Pour y arriver, les écoles devront pouvoir distribuer massivement et rapidement du matériel informatique aux élèves. Il y aura des suivis serrés entre les enseignants, les élèves et les parents, et ce, dès le lendemain d’une éventuelle fermeture. Les enfants ne seront donc pas laissés à eux-mêmes et l’école demeurera obligatoire.

Même si nous nous y préparons, l’enseignement à distance représenterait évidemment un grand défi pour nos écoles. Mais tous nos efforts des derniers mois nous ont permis de réaliser d’importants progrès technologiques qui nous aideraient à y arriver. Ces progrès seront non seulement bénéfiques pour notre système d’éducation à court terme, mais aussi à long terme.

En ressortir grandi

L’épreuve collective que nous traversons changera profondément le monde dans lequel nous vivons. Des transformations importantes ont été réalisées en quelques semaines à peine et d’autres sont déjà en marche.

L’éducation n’échappe pas à cette réalité. Le confinement aura au moins eu ça de bon qu’il aura forcé nos écoles à apprendre à fonctionner à distance. Il nous aura forcés à accélérer le développement de l’enseignement en ligne.

En l’espace de quelques semaines, ce sont des années de retard en formation à distance qui ont été rattrapées. La plateforme « L’école ouverte » a permis à des milliers d’enfants québécois de continuer leur apprentissage à distance. Au total, on y a dénombré plus de 800 millions de visites, ce qui en a fait momentanément l’un des sites Web les plus consultés au Canada.

À ce jour, la plateforme compte plus de 1800 ressources pédagogiques répertoriées, dont plusieurs pour les élèves avec des besoins particuliers. Ces ressources seront un outil précieux si les enfants doivent recommencer l’école à distance cet automne. Et à plus long terme, une fois que la pandémie sera derrière nous, ce sera aussi un moyen de plus pour intéresser et motiver les élèves.

À cela s’ajoute une distribution massive de matériel informatique. Une somme de 150 millions de dollars permettra aux écoles de se procurer des tablettes et des ordinateurs portables. Ça représente des dizaines de milliers d’appareils qui pourront être prêtés aux élèves.

Encore là, les bénéfices se feront aussi sentir à long terme. Pandémie ou pas, le matériel informatique aidera les enseignants à bonifier leurs méthodes, que ce soit à distance ou en classe. Notre système d’éducation en ressortira donc grandi.

Le besoin pour plus de belles écoles

Il y a au moins un autre grand changement en éducation qui pourrait être accéléré par la crise que nous traversons : la construction de plus de belles écoles.

Quelques semaines avant l’arrivée du virus au Québec, en février, le ministre Roberge dévoilait sa vision pour la nouvelle génération d’écoles. Les images avaient de quoi faire rêver : de grands espaces ouverts, de grandes fenêtres, l’utilisation de bois et d’aluminium. Des écoles conçues pour favoriser l’apprentissage et le sentiment d’appartenance, et pour offrir aux enseignants un milieu de travail attrayant. Cette vision est prête à être réalisée et elle apparaît plus nécessaire que jamais.

Le besoin de construire plus d’écoles au Québec n’est pas nouveau. La pandémie et les consignes de distanciation le mettent toutefois en lumière.

Il est grand temps que le Québec se donne les belles écoles que ses enfants et leurs enseignants méritent. Et parce que ça permettrait aussi de relancer notre économie, il est grand temps de peser sur l’accélérateur pour les construire plus rapidement.

Notre ambition première : l’avenir de nos enfants

La construction de belles écoles était l’une des promesses phares de la Coalition avenir Québec aux élections de 2018. Et au-delà de ça, la réussite des enfants a toujours été au centre du projet de société mis de l’avant par le parti.

La crise que nous traversons nous pousse à revoir nos façons de faire, mais cette même motivation doit continuer de nous animer. Nous avons tout ce qu’il faut pour adapter nos écoles à la pandémie et en ressortir grandi. Nous pouvons et nous devons le faire. Il en va de l’avenir de notre nation.

« Notre grande ambition, c’est de donner à chacun de nos enfants les moyens d’aller au bout de son potentiel », disait François Legault dans son discours d’ouverture, à ses débuts comme premier ministre.

C’était vrai avant, c’est vrai pendant et ce le sera tout autant après la pandémie.

Covid-19 : doit-on craindre une deuxième vague?

 
COvid-19 : Doit-on craindre une deuxième vague?

 28 juin 2020

La réponse est oui. Et c’est à nous de définir la vague que l’on aura. Pour tout dire, je crois qu’on aura la deuxième vague que l’on mérite. Plus on relâchera les consignes, plus elle sera forte et longue. Plus on respectera les consignes, plus elle sera faible et courte.

Alors la vraie question qu’on doit se poser, c’est bien plus quelle deuxième vague voulons-nous? Et la réponse à cette question va dépendre en grande partie de la façon dont on va vivre le déconfinement. De quel côté on va pencher. Du côté de ceux qui étaient déjà dehors lorsque le premier ministre, François Legault, a annoncé le déconfinement. Ou du côté de ceux qui ont préféré rester chez eux parce que le virus court toujours.

En fait, on fait face à deux types de comportements : ceux qui ont le déconfinement facile, et ceux qui ont toujours une peur bleue du virus.

Ce virus est si imprévisible qu’on a toutes les raisons d’en avoir peur

Et, en même temps, il a fait si peu de victimes – si on exclue les CHSLD – qu’on a l’impression que tout le monde est à l’abri hormis les plus vulnérables; c’est-à-dire les gens âgés, les personnes immunodéprimées et immunosupprimées ou les gens souffrant de maladies chroniques graves.

Ce qu’on a tendance à oublier, c’est que lors de la première vague, le Québec a réussi à éviter le débordement des hôpitaux. On n’a pas vu ici les scènes horribles qui se sont déroulées à New York, à Bergame ou dans la région parisienne. Si ça devait arriver ici, les décès pourraient se multiplier dans toute la population.

Mais avant de choisir entre le déconfinement facile et la peur bleue, il serait peut-être bon d’écouter ce que les experts ont à nous dire sur la question. C’est ce que j’ai fait et, mieux vaut se rendre à l’évidence, tous les experts sont du même avis : si on veut éviter un second confinement, mieux vaut continuer d’appliquer à la lettre les consignes sanitaires de base (garder deux mètres de distance, se laver les mains souvent et porter un masque dans les lieux publics).

Pour avoir une idée de l’ampleur de la deuxième vague potentielle, il suffit de se promener, d’aller faire son épicerie ou – mieux encore! – d’aller dans les quincailleries ou les centres de jardins.

Nous devons respecter les consignes

Du côté des marchands, il n’y a rien à redire. Ils respectent de manière exemplaire toutes les consignes qui leur ont été données par le gouvernement et la santé publique (marquage au sol des deux mètres de distance, port du masque ou de la visière de protection, file d’attente à deux mètres de distance pour passer à la caisse ou pour demander un conseil à un comptoir de service, etc.).

Du côté des clients, par contre, c’est une autre histoire. Autant il y a des gens hyper respectueux des consignes, autant il y en a qui ont l’air d’être revenus à la vie d’avant, dans une belle insouciance. Autant certaines personnes font leur épicerie avec vitesse et précision, autant il y en a qui prennent leur temps dans les allées, soupèsent les produits, tâtent leurs fruits et légumes, lisent tranquillement les étiquettes, comparent les ingrédients des marques nationales avec ceux des marques maison…

Le masque est efficace s’il est porté correctement

Même chose avec le port du masque. Le monde est divisé en deux : ceux qui sont pressés de revenir à la normale et ceux qui ont peur. D’un côté, il y a ceux qui portent le masque même quand ils sont seuls dans leur voiture. De l’autre, il y a ceux qui le portent sous le menton, dans leur cou ou tout simplement dans le coffre à gants de leur voiture.

Bref, pour revenir à la question de départ, il suffit de sortir pour réaliser que toutes les réponses sont bonnes et qu’il y aurait peut-être lieu d’avoir tous très peur… et qu’on devrait – surtout! – continuer d’écouter scrupuleusement les consignes que ne cessent de nous répéter François Legault et le docteur Arruda.

Alors qu’attendons-nous pour le faire? Surtout quand la seule chose à faire pour éviter le pire, c’est de se protéger et de protéger les autres. Tant et aussi longtemps qu’on n’aura pas de vaccin. La seule chose à faire, c’est de rester vigilants et de respecter les consignes.

Des dizaines de milliers de vies ont été sauvées lors de la première vague

Je sais, je sais, vous allez dire que vous en avez marre des foutues consignes, mais pour mieux vous aider à les apprécier, et à les appliquer encore, sachez que c’est le respect des consignes et du confinement qui ont permis de limiter grandement les dégâts durant la première vague.

En effet, une étude toute récente1 de l’Imperial College London, classée neuvième meilleure université au monde, montre clairement que le confinement a permis d’éviter la catastrophe en Europe et que les mesures appliquées, dans les 11 pays à l’étude, ont permis d’épargner la mort à quelque 3 millions de personnes entre le début mars et le début mai 2020.

Et selon une étude conjointe des experts de l’Institut national de santé publique du Québec et de l’Université Laval2, le nombre de décès aurait pu être de 10 fois supérieur au Québec si le gouvernement n’avait pas mis en place les mesures de confinement et de distanciation sociale. 10 fois plus!

Décès quotidiens dans la population

Le graphique ci-dessus montre que sans intervention, le nombre de décès au Québec aurait pu décupler. Les mesures de distanciation et de confinement rapidement mises en place au Québec pourraient avoir sauvé des dizaines de milliers de vies. Les décès en CHSLD sans hospitalisation ne sont pas inclus dans ces projections.

Et même si la situation s’améliore de semaine en semaine au Québec, il faut savoir qu’elle s’aggrave dans le monde selon l’OMS (Organisation mondiale de la Santé). Du 30 mai au 8 juin, il y a eu plus de 100 000 nouveaux cas en moyenne par jour dans le monde. C’est énorme.

Si le monde avait réagi plus tôt à l’alerte lancée à Wuhan par le docteur Li Wenliang3, à la fin décembre 2019, sûrement que des centaines de milliers d’autres vies auraient été sauvées.

Il faut continuer de se protéger

Alors, est-ce qu’on peut cesser d’être vigilants et avoir le déconfinement facile? La réponse, c’est non.

Il faut continuer de se protéger, de protéger les autres et de se serrer les coudes parce qu’on est tous dans le même bateau. Il faut continuer de faire front commun contre la pandémie. Et il faut continuer de savoir que la Covid-19 est un ennemi invisible, imprévisible et extrêmement sournois.

C’est notre volonté commune à battre le virus qui doit l’emporter. C’est cette volonté commune qui doit devenir virale.

On ne veut pas que la deuxième vague soit pire que la première, parce que si c’était le cas, tout le monde s’accorde pour dire que ce serait extrêmement difficile de s’en remettre. Encore plus difficile que maintenant.

Nos décisions personnelles ont un impact direct sur tous les Québécois

Alors que veut-on? Quelle deuxième vague voulons-nous? Il y a lieu d’y penser correctement, et collectivement. Parce que chaque décision personnelle aura un impact direct sur les conséquences que tout le monde devra subir.

Il y a eu assez de morts, assez de familles éplorées qui n’ont pas pu accompagner leurs proches dans leurs derniers moments. Il y a eu assez d’anges gardiens au bout du rouleau, de gens au bout de leurs sous ou au bout de leurs nerfs, d’entreprises au bout de leurs ressources. À la fin, c’est tout le monde qui paie la note.

Et si jamais vous étiez tentés de revenir au monde d’avant, sachez que le monde d’avant ne revient jamais. Autrement, on pourrait tous retourner aux années 2000 ou aux années 1970, dépendamment de notre âge.

Et si par ailleurs les années 1920 se sont appelées les années folles, peut-être que les années 2020 devraient s’appeler les années sages. Parce que ce sera toujours mieux que les années mortes.

J’aimerais bien vous dire que c’est à nous et à personne d’autre de choisir, mais je pense, en fait, qu’on n’a pas vraiment le choix. Car personne n’a les moyens – ni le goût! – de retourner en confinement et de perdre un de ses proches. En tout cas pas moi.

Je suis un fils (ma mère aura bientôt 88 ans), un père (d’enfants de 30, 33 et 38 ans), un grand-père (d’une fillette de 5 ans et, par alliance, de deux grandes petites-filles de 18 et 20 ans), un mari (d’une adorable retraitée) et j’ai le goût de pouvoir continuer à les chérir le plus longtemps possible.

Il ne faut pas lâcher

Alors mon choix est fait. Je vais continuer d’écouter les consignes du premier ministre, François Legault, et du directeur national de la santé publique, le docteur Arruda. Et je vais faire tout ce que je peux pour que la deuxième vague soit la plus petite et la plus courte possible.

Et vous, quelle deuxième vague voulez-vous?


1 Publiée le 8 juin 2020 dans le journal scientifique Nature.
2 Groupe de recherche en modélisation mathématique et en économie de la santé liée aux maladies infectieuses, dirigé par Marc Brisson.
3 Le docteur Li est mort en février 2020 de la Covid-19, à l’âge de 33 ans.

 

Quelle sera la place du Québec dans le nouveau monde?

 
Quelle sera la place du Québec dans le nouveau monde

 21 juin 2020

La réponse courte, c’est que le Québec a tout ce qu’il faut pour se relever de l’épreuve que nous traversons et en ressortir plus fort dans le nouveau monde qui suivra. Parce que nous avons tout ce qu’il faut pour être plus autonome, parce que nous avons tout ce qu’il faut pour être des leaders et surtout, parce que c’est ce que nous sommes.

Le 3 février 2020 est un lundi de février comme les autres, au milieu d’un hiver québécois comme les autres. À Montréal, la température oscille autour de zéro, les trottoirs se couvrent de tristes flaques de gadoue et la dépression saisonnière est la seule épidémie qui se propage dans nos maisons.

Aux nouvelles, on entend la rumeur distante d’un virus venant de Chine. Rien de banal, mais rien d’exceptionnellement préoccupant non plus. L’équivalent d’une bonne grippe, nous dit-on alors. Ce qui occupe plutôt les médias d’ici, c’est la spectaculaire victoire des Chiefs de Kansas City au Superbowl, la veille. La victoire de notre nouveau héros national : Laurent Duvernay-Tardif.

Un peu plus loin dans les bulletins de nouvelles, suffisamment pour passer inaperçu, on évoque aussi le centenaire de nos Archives nationales. Pour l’occasion, le premier ministre Legault se rend à une cérémonie – un vrai rassemblement avec du vrai monde, oui oui! – pour commémorer l’institution gardienne de notre mémoire collective. Il vient y prononcer un discours et, surtout, y signer une lettre qui sera conservée dans une capsule temporelle pendant cent ans. Une lettre au Québec de 2120, donc.

Seul l’avenir, pour ceux qui y seront encore, nous dira ce que notre premier ministre a choisi d’y écrire. Mais on peut au moins être certain d’une chose : c’est que son message était porteur de la fierté et de l’audace que nous lui connaissons. De ce nationalisme qui traverse toute l’histoire de notre peuple.

Le souvenir de ce jour peut paraitre anodin, et surtout bien lointain, mais il devrait nous rappeler deux choses. D’abord, que nous ne vivons déjà plus dans le même monde qu’alors. Ensuite, que notre nation est l’héritière d’une riche histoire marquée par notre capacité à traverser les épreuves, que ce soit celle du temps, celle de la maladie, celle du froid, celle des guerres ou celle des crises économiques.

Si nous avions pu, au même moment, décacheter une lettre du premier ministre québécois d’il y cent ans, il nous parlerait d’un Québec bien différent du nôtre. Un Québec d’avant la Seconde Guerre mondiale et la Révolution tranquille, se relevant à peine d’une horrible guerre et d’une autre pandémie, espagnole, celle-là. Et pourtant, il nous décrirait aussi une identité, une culture et une langue commune qui sont encore bien vivantes.

Dans cent ans, on dira sans doute que le premier ministre Legault a écrit sa lettre à l’aube d’une des plus grandes épreuves collectives de notre époque. Mais on dira aussi qu’il était porteur de cette identité nationale qui animait nos ancêtres. Celle qui les a poussés à traverser l’Atlantique, à le retraverser pour combattre outre-mer, à se tenir debout face aux tentatives d’assimilation et à se rassembler pour tranquillement se donner un gouvernement à leur image. Cette même identité qui explique pourquoi nous ressortirons plus forts de cette épreuve-ci.

Nous avons tout ce qu’il faut pour être plus autonome

Que ce soit en économie, en santé, en éducation, en culture ou en environnement, la pandémie changera profondément certaines choses et en consolidera d’autres. Il est évidemment beaucoup trop tôt pour dire que la crise est derrière nous, mais nous pouvons déjà commencer à voir l’effet qu’elle aura une fois que ce sera le cas. Et nous avons tout à gagner à orienter dès maintenant le Québec vers les avenues les plus prometteuses.

Le retour des nations

Une crise de cette ampleur sert de remise en question de notre vie normale. Dans certains cas, la réponse sera la continuité, mais dans d’autres, ce sera le changement. L’une de ces réponses qui semblent déjà se dessiner, c’est qu’un besoin nouveau d’autonomie verra le jour dans la plupart des nations du monde, y compris le Québec. D’abord parce que les risques de santé publique de la mondialisation sont soudainement exposés. Mais aussi, et surtout, parce que dans un contexte de crise, un peuple doit pouvoir s’en remettre à ce qui l’enracine, à ce qui le rassemble : sa nation.

Il ne s’agit pas de prétendre que nous assistons à la fin de la mondialisation, mais plutôt à un certain ressac. À un certain retour des nations, après des décennies à les diluer de plus en plus dans des structures politiques et commerciales mondiales.

Au Québec, de nombreux secteurs de notre économie pourraient opérer ce virage autonomiste, à des degrés et à des coûts variables. L’alimentation et la production d’équipement médical sont ceux qui sont le plus souvent évoqués ces jours-ci, mais l’un des secteurs les plus promoteur, c’est celui de l’énergie.

Électrifier notre économie

Déjà, plusieurs mois avant la pandémie, le Québec s’est fait la promesse d’entreprendre un effort sans précédent pour électrifier son économie. Pour électrifier ses transports, ses entreprises et ses immeubles.

Le bénéfice est double : c’est à la fois un moyen de réduire nos émissions de gaz à effet de serre en consommant notre énergie propre, et de s’enrichir collectivement. Il suffit d’imaginer un monde où, plutôt que d’aller à la station-service pour faire le plein de pétrole importé, plutôt que d’envoyer notre argent dans les coffres des pétrolières, les Québécois pourraient rouler sur l’hydroélectricité produite chez nous et garder cet argent dans nos poches. Notre énergie propre pourrait même être stockée dans des batteries québécoises, grâce aux importantes réserves de lithium dans le Nord québécois.

Le pétrole, les camions et les voitures représentent une part importante de nos importations. Nous ne pouvons évidemment pas tout produire chez nous, mais en augmentant ne serait-ce qu’une petite partie de la production québécoise, nous nous retrouverions avec un Québec nettement plus autonome.

Nous avons plus de raisons que jamais de vouloir accélérer ce virage. L’électrification de notre économie, à commencer par les transports individuels et collectifs, ça a tout d’un grand chantier de relance post-pandémie.

Produits du Québec

Bien sûr, tous les secteurs de notre économie ne se prêteront pas aussi bien à un virage autonomiste. Dans le cas de l’énergie, nous avons la chance d’avoir des réserves immenses d’électricité propre et de métaux stratégiques.

Dans le cas des produits pharmaceutiques et de l’équipement médical, un effort important serait nécessaire pour se doter d’infrastructures de production, mais l’expertise est là. Nous avons des chercheurs de calibre mondial dans le domaine de la santé. Certains sont même à l’avant-garde de la bataille contre la COVID-19. Il n’y a qu’un pas entre cette expertise et une plus grande autonomie.

Dans le cas du secteur alimentaire, nous pouvons accroitre nos efforts pour soutenir nos agriculteurs et pour former la relève. Ce serait à la fois un moyen d’encourager l’achat local et de stimuler l’économie de nos régions.

De façon plus large, l’autonomie devrait servir de fil conducteur dans l’ensemble des secteurs de notre économie qui s’y prêtent. Pensons, par exemple, à la livraison de produits: pourquoi ne pas encourager des équivalents québécois à Amazon? Ou encore à la diffusion de notre culture: pourquoi ne pas soutenir des équivalents québécois à Netflix et Spotify?

L’autonomie économique, c’est à la fois un moyen de nous protéger contre une crise mondiale comme celle que nous traverserons, de nous enrichir collectivement et d’accroitre notre leadership dans de nombreux domaines.

Nous avons tout ce qu’il faut pour être des leaders

En misant sur le génie québécois et sur nos entreprises, nous avons l’occasion de cultiver notre expertise dans plusieurs domaines qui devraient être au centre de l’économie mondiale de demain.

Le Québec est un leader de l’intelligence artificielle

Grâce à nos universités de calibre mondial et à nos nombreuses entreprises émergentes, le Québec est déjà l’un des pôles mondiaux en intelligence artificielle. Nous avons l’une des plus importantes concentrations de chercheurs au monde en plus d’accueillir certains des plus grands joueurs de l’informatique.

L’intelligence artificielle était déjà pleine de promesses dans le monde d’avant. Avec l’informatisation de nombreuses industries en raison de la pandémie, cela n’ira pas en ralentissant. Le Québec a tout intérêt à continuer d’encourager ses chercheurs et ses entreprises pour consolider son statut de leader dans ce domaine.

En plus des potentiels d’emplois de qualité, d’investissements privés et d’exportations que cela représente, c’est aussi un outil qui pourrait nous aider à combler notre retard de productivité avec nos voisins, notamment l’Ontario. Notre expertise en intelligence artificielle pourrait nourrir l’automatisation de notre secteur manufacturier. La pandémie risque d’accélérer le virage vers la robotisation partout dans le monde afin de répondre aux besoins de distanciation physique. C’est le moment d’investir massivement pour orienter nos entreprises dans cette voie.

La culture, une voie d’avenir

Un autre domaine d’avenir pour le Québec, c’est celui du multimédia et du divertissement. Nous comptons là aussi sur une expertise déjà bien ancrée, notamment en jeux vidéo et en production cinématographique, mais nous pouvons encore faire mieux. Nous devons encourager plus d’étudiants à se diriger vers des études en cinéma ou en effets visuels pour créer un engouement similaire à celui de l’intelligence artificielle. Le Québec peut s’établir comme une plaque tournante du cinéma en Amérique du Nord.

L’industrie du film, autant dans sa production que sa distribution, risque d’être chamboulé dans les années à venir. C’est l’occasion de s’y repositionner avantageusement.

Encore là, notre leadership n’aurait pas seulement des répercussions positives sur notre présence à l’international, mais aussi chez nous. Non seulement cela pourrait créer des emplois de qualité, mais si on y ajoute d’importants investissements publics en culture, cela pourrait soutenir l’émergence d’une nouvelle génération d’artistes québécois de calibre mondial. La logique est simple : c’est bon pour notre économie, et c’est bon pour notre fierté collective.

Miser sur le transport électrique et la production d’hydrogène

Un troisième domaine d’avenir pour le Québec, c’est celui du transport électrique. En plus de nos réserves immenses d’hydroélectricité, nous disposons d’une des plus importantes réserves de lithium au monde; un ingrédient clé dans la fabrication de batteries pour les véhicules électriques. Si on l’additionne à notre expertise en intelligence artificielle, les véhicules verts et intelligents de demain pourraient être en bonne partie conçus au Québec. Nous avons toutes les cartes en mains pour concrétiser cette vision.

L’hydrogène pourrait aussi devenir un carburant de choix pour le transport lourd de marchandise. Avec son électricité propre et bon marché, le Québec pourrait devenir un important producteur d’hydrogène vert pour les camions qui sillonnent les quatre coins de l’Amérique du Nord.

Le Québec, leader dans le nouveau monde

Le leadership du Québec post-pandémie n’a toutefois pas à être seulement qu’économique. Il peut aussi être politique. Après la pandémie, nous pouvons entrevoir deux enjeux majeurs qui animeront la scène internationale.

D’abord, les changements climatiques. Sur ce front, le Québec a déjà tout d’un champion. Nous sommes l’endroit en Amérique du Nord qui émet le moins de GES par habitant. Nous avons un plan concret pour bâtir une économie à la fois plus verte et plus prospère. Et nous avons de l’énergie propre, abondante et bon marché à offrir à nos voisins pour les aider à atteindre leurs cibles environnementales. Déjà, nos voisins de New York et du Massachusetts sont en discussion pour importer du Québec d’immenses quantités d’énergie propre afin de réduire leurs émissions de GES.

Ensuite, avec l’apparition d’applications mobiles pour retracer les éclosions de coronavirus, l’enjeu du respect de la vie privée risque d’être au centre des débats politiques un peu partout dans le monde. En misant sur l’expertise de nos chercheurs en intelligence artificielle, nous pourrions contribuer à l’élaboration de technologies capables de protéger autant notre santé que nos droits.

Bien sûr, le Québec n’est pas le seul à disposer d’expertises et d’ambitions dans ces domaines. Mais nous ne devrions pas pour autant nous empêcher de voir grand. Ceux qui en doutent devraient se rappeler que l’audace coule dans nos veines. Nos ancêtres ont traversé l’Atlantique au péril de leurs vies pour fonder un Nouveau Monde. Nous avons maintenant tout ce qu’il faut pour reprendre leur flambeau et tirer notre épingle du jeu dans le monde nouveau qui se profile à l’horizon.

C’est ce que nous sommes

Plusieurs l’ont déjà affirmé un peu partout dans le monde : nous vivons un choc historique d’une amplitude comparable aux deux guerres mondiales ou à la dislocation de l’URSS au siècle précédent. Le genre d’événement qui, en quelques mois à peine, chamboule complètement notre conception de ce qui est possible et normal.

Comme ce fut le cas pour les guerres, ce point de bascule aura pour effet d’accélérer de grands changements économiques, sociaux et technologiques. Il ne fera pas surgir ces changements de lui-même, mais il les débloquera, il les provoquera, un peu comme le ferait un séisme avec l’énergie accumulée sous nos pieds. Le changement peut se tramer pendant des années, voir des décennies, mais c’est le séisme historique qui le fait éclater au grand jour. Et comme ce fut le cas avec les Années folles ou les Trente Glorieuses après les guerres, ce point de bascule pourrait très bien précéder un âge nouveau, voir un âge d’or.

La nation québécoise a tout ce qu’il faut pour tirer son épingle du jeu dans ce nouveau monde, autant chez nous que sur la scène internationale. Mais notre potentiel à ressortir plus fort de cette épreuve va bien au-delà de nos capacités économiques ou politiques. Il est aussi, et surtout, inscrit dans ce que nous sommes. Dans la résilience et la ténacité qui ont marqué l’histoire de notre peuple.

Le Québec a traversé plus de 400 hivers difficiles. Il a traversé des tentatives de répression et d’assimilation, des guerres et des crises économiques. Il a même traversé d’autres pandémies.

Et pourtant, nous nous tenons toujours debout, plus forts et plus fiers que jamais. Ce n’est certainement pas un virus, aussi vicieux soit-il, qui nous fera tomber.

Nous sommes entrés dans cette épreuve avec l’une des économies les plus vertes et prospères, l’une des sociétés les plus égalitaires et sécuritaires, l’une des démocraties les plus stables au monde et nous la traversons avec l’un des peuples les plus unis. Notre peuple a tout ce qu’il faut pour en ressortir plus fort dans le nouveau monde post-pandémie qui se dessine.

À nous de bâtir un Québec à la hauteur de ce que nous sommes.

 

Où étiez-vous le 12 mars 2020?

 
Où étiez-vous le 12 mars 2020

 14 juin 2020

Où étiez-vous, le 12 mars, la première fois que le premier ministre a parlé de pandémie avec le docteur Arruda? Moi, j’étais à la brasserie, après mon match de hockey hebdomadaire. Les postes de télévision de la brasserie avaient troqué les chaînes sportives pour les chaînes de nouvelles en continu. On ne voyait que le premier ministre, accompagné de la ministre de la santé et de celui qui allait bientôt devenir la star du Québec : le bon docteur Arruda, le directeur national de la santé publique du Québec.

On prenait notre bière, tout en fêtant l’anniversaire d’un des boys et on mesurait mal l’ampleur de ce qui nous attendait. Et même si le virus venait d’entrer, ce jour-là, dans nos esprits, on affichait encore une belle insouciance pour un groupe dont la moyenne d’âge frise la soixantaine.

Quand j’ai repris la route (à Montréal) pour rentrer chez moi (en Mauricie), je me rappelle m’être dit que notre saison de hockey avait sans doute pris fin. Et curieusement, ce soir-là, j’ai senti que c’était la fin d’un monde connu, et le début d’un monde totalement inconnu.

Vous, où étiez-vous le mars? À quoi avez-vous songé, ce jour-là?

Le rendez-vous de 13 heures

Si on m’avait dit qu’un jour, le point de presse du premier ministre allait dépasser les cotes d’écoute de La Voix ou de District 31, j’aurais répondu que ce serait sans doute durant la semaine des quatre jeudis ou bien quand les poules auraient des dents.

Et pourtant, c’est la stricte vérité. Le point de presse quotidien de François Legault a maintenu une moyenne de 2 à 2,5 millions de téléspectateurs et un record de 2 735 000 auditeurs, le 7 avril.

Je faisais partie de ces gens. Et j’ai écouté, religieusement, tous les points de presse du trio Legault-McCann-Arruda. Tous les jours, sans exception.

Pourquoi? Parce que je voulais savoir. Tout savoir. Parce que le moment que l’on vivait était un moment exceptionnel, qui méritait une solidarité exceptionnelle.

Et le mot exceptionnel est sans doute le meilleur mot pour décrire le travail des trois vedettes du point de presse de 13 heures.

J’ai toujours pensé que François Legault ferait un bon premier ministre, pas seulement parce qu’il savait compter, mais parce qu’il était vrai et humain. Ses rendez-vous de 13 heures m’ont prouvé qu’il était meilleur encore – un véritable homme d’État -, et qu’il suivait ses dossiers comme rarement j’ai vu dans ma vie.

Et que dire de ses deux collègues, parfaits dans leur rôle respectif. Une Danielle McCann précise, à l’écoute et à la tâche. Et un docteur Arruda clair, sympathique, capable de rendre la science épidémiologique limpide.

Pas étonnant aussi qu’ils soient vite devenus les héros des médias sociaux. J’ai même vu plein de gens de la gauche intellectuelle encenser François Legault, alors qu’en octobre 2018, ces mêmes gens ne se gênaient pas pour le vilipender et espérer sa défaite. Comme quoi, des œillères, il s’en porte autant à gauche qu’à droite. Soudainement, tout le monde était content que le premier ministre soit un comptable, parce qu’un comptable, ça pose les bonnes questions et ça veut les bonnes réponses. Un comptable, ça demande toujours des précisions et ça ne se contente jamais d’à peu près.

Pour dire le fond de ma pensée, on devrait tous se féliciter que ce soit sous un gouvernement de François Legault que soit tombée la pandémie. Je ne vois pas qui aurait pu faire mieux que lui dans les circonstances.

Je pense que c’est dans les moments de crise qu’on reconnaît les grands hommes. Et François Legault fait partie de ceux-là.

Personne ne connaît quelqu’un qui l’a attrapé

Dès la fin mars, chaque fois que j’avais une conversation téléphonique avec quelqu’un, la même question revenait toujours sur le tapis : « Toi, connais-tu quelqu’un qui l’a attrapé? Moi, je ne connais personne. » La question me faisait sourire, car j’espérais, au fond, ne jamais connaître personne.

Alors je répondais : « Moi non plus »; pour passer le plus vite possible à un autre sujet, car je connaissais quelqu’un qui l’avait attrapée… moi.

Oui, j’ai eu la Covid-19.

C’est ma femme qui l’a d’abord attrapée et qui me l’a transmise, sans savoir qu’elle en était elle-même atteinte. Et je l’ai eue sans trop savoir que je l’avais. Je fais donc partie des chanceux, de ceux qui ont eu la version douce.

Le 12 mars, ma femme s’est fait vacciner contre le zona. Et c’est sans doute là qu’elle l’a attrapée. Deux jours après, son nez coulait, elle toussait un peu et avait mal partout. « Je pense que j’ai un rhume comme celui de l’an dernier. J’ai mal partout. » Et elle ressentait une grande fatigue, elle n’avait qu’une seule envie : dormir. Ce qu’elle faisait 10-12 heures par jour. Je lui disais : « Ça doit être des effets secondaires de ton vaccin contre le zona. » « Peut-être… », rétorquait-elle, sans plus.

Le 17 mars, mon nez s’est mis à couler, et je me suis mis aussi à sentir de la fatigue. Puis, chaque jour un peu plus, mais sans jamais m’empêcher de travailler. Là encore, je me trouvais chanceux : j’avais du travail.

Les jours ont passé jusqu’au moment, où le 22 ou 23 mars, ma femme me dit : « Ah oui, pis c’est bizarre, on dirait que je ne sens plus rien et que je ne goûte plus rien. » Je lui ai répondu qu’elle devrait peut-être appeler son médecin… », avant d’ajouter que, moi non plus, je ne sentais ni ne goûtait plus rien.

Le 24 mars, son médecin lui a annoncé que l’anosmie et l’agueusie faisaient maintenant partie des symptômes de la Covid-19 et qu’on devrait peut-être aller se faire tester.

Le 25 mars, on a passé le test de dépistage et, le 27, on était déclarés positifs.

Et le 3 avril, on nous déclarait guéris.

Rien d’autre à signaler.

Tout ce que j’ai eu, c’est une grande fatigue, la perte de goût (l’agueusie) et la perte d’odorat (l’anosmie). Pour le reste, rien. Pas d’essoufflement, pas de toux, pas de fièvre. J’ai été chanceux.
Surtout que je fais partie des groupes à risques, les 60 ans et plus.

Je comptais les morts à la télé et je me disais qu’on avait été très chanceux. Chanceux d’avoir presque rien eu,  d’être en parfaite santé et d’être immunisés. Et extrêmement chanceux que nos mères, respectivement de 87 et 90 ans n’aient rien eu et soient toujours pleines de vie.

Et chaque jour, mes pensées accompagnaient les moins chanceux, dont certains – quelle tristesse! – avaient perdu leurs deux parents durant la même semaine.