Opinion

Une cible ambitieuse, mais…


Le ministre du Développement durable, de l’Environnement et de la Lutte aux changements climatiques, David Heurtel, a proposé jeudi l’adoption d’une cible de réduction d’émissions de gaz à effet de serre (GES) de 37,5 % sous le niveau de 1990 d’ici 2030, soit 0,5 point de pourcentage plus ambitieuse que celle de l’Ontario. Selon l’étude d’impacts macroéconomiques sommaires du gouvernement, l’atteinte de cette cible aura notamment pour effet d’augmenter le prix du litre d’essence d’au moins 0,04 $, de réduire la richesse du Québec d’au moins 600 millions de dollars (0,09 % du PIB), et d’induire une perte de 2 800 emplois ou plus.

La proposition du ministre doit être soumise à des consultations publiques en vertu de la Loi sur la qualité de l’environnement et doit ensuite être approuvée par le conseil des ministres avant sa présentation la Convention des Nations Unies sur les changements climatiques de Paris en décembre 2015. Elle n’est donc pas définitive.

La réalisation et la publication d’une étude d’impacts économiques plus approfondie nous apparaissent nécessaires avant la tenue même des consultations publiques, et ce, afin de pouvoir éclairer les groupes concernés et tous les parlementaires dans leur réflexion et leur prise de décision. Le gouvernement doit évacuer les incertitudes qui demeurent et nous présenter un plan concret de réduction des GES qui contient des mesures permettant de compenser les effets négatifs de la poursuite de cette cible de réduction sur l’économie, dans une perspective de développement durable. À la CAQ, nous croyons notamment qu’une partie de la réponse se situe dans l’innovation avec le développement par des entreprises québécoises de technologies vertes permettant de réduire l’émission de GES ici comme ailleurs dans le monde.

La réduction des GES est impérative et ne peut pas se faire à coût nulle certes, mais elle doit aussi être opérée de façon responsable sur tous les plans, notamment économiques et sociaux. Cela étant dit, le Québec doit en faire beaucoup plus pour convaincre ses principaux voisins et partenaires économiques de se doter de cibles similaires. Dans ce secteur, comme dans tous les autres, on ne peut pas prendre des décisions gouvernementales importantes sans tenir compte de l’écart de richesse du Québec par rapport au reste du Canada. Je vous rappelle que nous nous situons au 57e rang sur 61 pour la richesse par habitant. Le Québec ne pourra pas continuer à financer adéquatement ses services à la population et réduire le fardeau fiscal à un niveau raisonnable s’il continue à traîner de la patte. Là aussi, il y a urgence d’agir.