Opinion

Petites réflexions en cette journée pluvieuse


Petites réflexions en cette journée pluvieuse

D’aussi loin que je me rappelle, j’ai toujours eu un intérêt marqué pour la politique. Dès l’âge de 13 ans, je m’intéressais au débat public étant consciente que le Québec amorçait une période de changement important et que j’avais la chance d’en faire partie. Comme pour beaucoup de personnes, mes premières influences sont venues de mon entourage. Avec le temps, mes idées ont évoluées et mes convictions se sont affirmées.

C’était l’époque de la naissance d’un nouveau parti soit le Parti Québécois qui avait un projet porteur et rassembleur à nous présenter, une vision nouvelle du Québec de demain, des idées novatrices et une toute nouvelle équipe, passionnée, décidée et déterminée à travailler ensemble pour les réaliser.

Cette conviction, je l’ai portée pendant plusieurs années. J’ai aimé profondément René Lévesque.

J’ai été peinée par la façon dont sa carrière a pris fin, par cette espèce de trahison à laquelle il a dû faire face à l’intérieur de son propre parti. J’ai alors découvert à quel point on pouvait aduler une personne et la jeter aux orties sans plus de considération.

René Lévesque reste pour moi l’homme le plus marquant du siècle dernier. Il nous a laissé l’image d’un homme fier, passionné, amoureux du Québec. Un homme de grandes réalisations mais aussi de grandes déceptions. Dans son autobiographie parue avant son décès, il a partagé son constat face aux partis politiques et la date de péremption qu’ils devraient avoir. Un regard lucide qui m’apparait aujourd’hui assez juste.

« Pour moi, tout parti politique n’est au fond qu’un mal nécessaire, un de ces instruments dont une société démocratique a besoin lorsque vient le moment de déléguer à des élus la responsabilité de ses intérêts collectifs. Mais les partis appelés à durer vieillissent généralement assez mal. Ils ont tendance à se transformer en églises laïques, hors desquelles point de salut, et peuvent se montrer franchement insupportables. À la longue, les idées se sclérosent, et c’est l’opportunisme politicien qui les remplace. Tout parti naissant devrait à mon avis inscrire dans ses statuts une clause prévoyant qu’il disparaîtra au bout d’un certain temps. Une génération ? Guère davantage, ou sinon, peu importe les chirurgies plastiques qui prétendent lui refaire une beauté, ce ne sera plus un jour qu’une vieillerie encombrant le paysage politique et empêchant l’avenir de percer. » ( Attendez que je me rappelle, René Lévesque)

Un constat dur mais oh combien réaliste.

Ces dernières années et surtout depuis le dernier référendum, j’ai entamé une réflexion concernant ma foi politique et mes convictions. Peu à peu, j’ai perdu le goût de voter, la ferveur et la passion n’étant plus au rendez-vous.

Le monde a changé, le Québec a changé, les jeunes ont changé et j’ai changé.

On ne peut plus prétendre que ce monde ne comprend pas nos aspirations. Après plus de 40 ans à réclamer haut et fort que nous connaissons ce dont le Québec a besoin, il faut avoir l’humilité de prendre acte de ce que la population veut mais surtout de ce qu’elle ne veut pas ou ne veut plus. À défaut, nous pourrions être accusés de la mépriser. Il faut être sensible à l’humeur de la majorité qui s’exprime assez clairement depuis déjà plusieurs années.

Je pense, bien humblement que René Lévesque aurait été capable de faire ces constats, d’en faire une analyse juste et de bien comprendre l’humeur de son peuple et surtout d’en prendre acte.

Le monde a changé, le Québec a changé, les jeunes ont changé et j’ai changé.

Je ne prétends pas détenir la vérité mais mes réflexions au fil des dernières années m’ont amenée à chercher ailleurs ce que je ne retrouvais plus dans un parti qui a quand même fait beaucoup dans le passé.

Le chef de la CAQ, moi-même ainsi que d’autres députés provenant du même horizon politique ne peuvent être considérés comme des traîtres parce qu’à un moment donné, nous avons décidé qu’un autre projet nous apparaissait plus inspirant, plus porteur, plus rassembleur et plus prometteur.

À chacun ses réflexions, à chacun ses choix et à chacun de les assumer. Remettre en question ses certitudes est juste sain et correct.

Un jour Lévesque a fait le choix de changer de parti tout comme Parizeau. Ils étaient menés par d’autres convictions. Furent-ils des traîtres. Non. Ils ont tout simplement choisi un chemin en lien avec leur vision de l’époque.

Je ne regrette aucunement le changement que j’ai effectué dans ma vie politique. Le choix de la CAQ ne s’est pas fait sur un coup de tête, ni par dépit, ni par opportunisme. Ce choix s’est présenté à moi dans une suite logique qui fût l’aboutissement d’une longue réflexion et recherche.