Opinion

Ma journée avec Monsieur


Alors que le Québec est encore sous le choc de la nouvelle du décès de monsieur Jacques Parizeau, l’envie me prend de partager avec vous le souvenir lointain du jour où j’ai eu la chance de discuter longuement avec ce géant que tous se plaisent à surnommer à juste titre «Monsieur».

C’était au printemps 1995. Nouvellement élu au comité exécutif national de la Fédération étudiante universitaire du Québec (FEUQ), je m’étais rendu à Lévis avec quelques collègues pour rencontrer le ministre de l’Éducation, monsieur Jean Garon. Nous devions discuter avec lui de la mise en oeuvre d’un vaste chantier qui m’interpellait au plus haut point: les États généraux sur l’éducation.

Après avoir échangé environ une heure avec le coloré personnage, nous avons été interrompus. On frappait à la porte. C’était le premier ministre du Québec, monsieur Parizeau lui-même, qui s’invitait dans la discussion. Il savait que des représentants du mouvement étudiant étaient là et il avait réaménagé son emploi du temps pour venir s’entretenir avec nous.

Au départ, nous étions quelque peu intimidés par sa présence (et par sa prestance!). Toutefois, après avoir partagé avec lui un frugal dîner composé de quelques sandwichs dans une ambiance décontractée, nous étions tous à l’aise et nous avons discuté à bâtons rompus quelques heures avec messieurs Parizeau et Garon.

C’est à ce moment que j’ai été frappé par l’authenticité et la profonde sincérité de monsieur Jacques Parizeau. Bien qu’il fut premier ministre, il n’avait absolument pas une attitude hautaine ou condescendante. Nous sentions qu’il nous écoutait vraiment et qu’il prenait en compte nos propositions et arguments.

 

Un motivateur hors pair

Je suis ressorti de cette rencontre rempli de confiance en ma génération et motivé comme jamais à m’investir pour améliorer notre réseau d’éducation.

Jacques Parizeau avait ce don de ne pas voir les Québécois tels qu’ils étaient… Il les voyaient plus grands, plus forts, plus fiers! Quand il nous regardait, il nous voyait tels que nous pouvions être et il nous donnait envie de nous accomplir pleinement.

Avec le décès de monsieur Jacques Parizeau, le Québec a certes perdu un bâtisseur, mais il ne doit jamais perdre le goût de bâtir. Nous devons nous inspirer du courage, de la confiance et de l’audace de ce grand homme d’état.

Parce que vous avez cru en nous suffisamment fort pour nous amener à croire en nous-mêmes, je vous dis merci, Monsieur!