Opinion

Gémeaux et politique culturelle: Pour mettre fin à l’immobilisme


Gémeaux et politique culturelle: Pour mettre fin à l’immobilisme

Claire Samson
Députée d’Iberville, porte-parole de la Coalition avenir Québec en matière de culture

Lettre publiée dans Le Devoir le 19 septembre 2015

Ce dimanche, le public retrouvera ses vedettes du petit écran au gala des Gémeaux. De nombreux artisans de notre culture se réuniront pour célébrer les plus grandes réussites de l’industrie télévisuelle. Malgré l’atmosphère qui sera à la fête, il ne faut toutefois pas se leurrer. Cette industrie, qui est pourtant pleine de talents et de créativité, traverse une période critique. Vu de l’extérieur, tout roule comme sur des roulettes. Le public continue de bénéficier d’émissions populaires de qualité, comme 19-2 et Unité 9. Mais, en coulisses, la vérité, c’est que nos créateurs et nos producteurs en arrachent. Ils subissent durement les contrecoups de l’immobilisme du gouvernement, qui reste les bras croisés devant les mutations de l’industrie.

En 2015, les producteurs indépendants doivent se débrouiller avec des moyens toujours plus réduits pour tirer leur épingle du jeu dans un milieu plus ouvert que jamais à la compétition internationale. C’est à bout de bras qu’ils portent la différence québécoise. Faut-il rappeler qu’ils font travailler nos créateurs, nos professionnels et nos artisans ? Sans eux, nos écrans seraient remplis d’émissions américaines doublées, et toute la main-d’œuvre qualifiée que nous avons développée au fil des ans resterait sans travail.

Le devoir d’exister

Le Québec a non seulement le droit, mais le devoir d’exister sur nos écrans. Nos artisans de la télé ont montré qu’ils savaient jouer de leurs atouts au sein du marché international. Ils savent aussi bien adapter avec intelligence des concepts venus d’ailleurs qu’exporter des produits imaginés et conçus chez nous. Mais, pour accomplir cette mission, ils ne peuvent plus se contenter de vivoter d’une année à l’autre.

Le ministère de la Culture et des Communications du Québec y consacrait l’an dernier un budget d’environ 670 millions de dollars. C’est tout simplement aberrant que la ministre en poste ne trouve pas le moyen de mieux les appuyer.

On sait ce qui arrive quand une industrie vit des moments difficiles. Par la force des choses, elle est tentée d’éviter la prise de risques et de ne pas investir dans les concepts novateurs, qui sont pourtant la garantie de son avenir.

C’est justement pour empêcher que cette insécurité s’installe que la Coalition avenir Québec croit que le soutien à l’industrie devrait être revu pour encourager directement le développement de projets. Toutes les étapes de la production et de la création devraient être ciblées : de la scénarisation aux effets spéciaux en passant par la production de projets-pilotes.

La créativité doit être facilitée non seulement du début à la fin d’un projet, mais aussi après, lors de la diffusion. La vie de l’œuvre commence à partir du moment où celle-ci rejoint son public. Sans une stratégie forte qui donne une vraie visibilité à notre culture, soutenir la créativité ne rime à rien. Dans ce domaine, la main gauche doit savoir ce que fait la main droite.

Repenser le rôle de Télé-Québec

C’est pourquoi, à notre avis, il est important de repenser le rôle de Télé-Québec en éliminant les obstacles qu’on dresse nous-mêmes devant elle. On doit permettre à notre télévision nationale de devenir une tribune unique pour faire connaître aux Québécois leur culture.

Si la culture ne se réduit pas au petit écran, celui-ci peut en revanche se montrer un outil puissant pour diffuser la culture dans toute sa diversité. Est-ce normal que nos pièces de théâtre et nos spectacles de danse restent confinés dans des salles, alors qu’il serait facile, si tout le monde acceptait d’y mettre du sien, d’en faire des captations télé pour grand public ?