Opinion

David Heurtel doit être démis de ses fonctions et voici pourquoi


Depuis quelques heures à peine, les Québécois sont témoins d’un évènement d’une grande tristesse : la Ville de Montréal a procédé officiellement au déversement de huit milliards de litres d’eaux usées directement dans le fleuve Saint-Laurent. Les Québécois sont choqués d’un tel dénouement. Ils sont en colère face à leur impuissance dans ce dossier. Ils n’arrivent pas à saisir comment, en 2015, on peut être contraint à poser ce genre de gestes irréversibles pour notre environnement.

Je tiens à dire aux Québécois que je comprends leur frustration. J’irai même plus loin : je la partage. Je suis aussi perplexe que vous face à la gestion désastreuse du ministre de l’Environnement, David Heurtel.

Beaucoup de choses ont été dites depuis le début de cette saga des eaux usées. Lorsque la Coalition Avenir Québec a appris cette nouvelle, nous avons fait nos devoirs, nous avons décidé d’examiner de plus près le dossier. En tant que porte-parole en environnement pour ma formation politique, il m’apparaissait inconcevable qu’on déverse littéralement l’eau des égouts directement dans notre fleuve Saint-Laurent.

Après multiples vérifications et divers entretiens avec les acteurs locaux, il est clair que le ministre de l’Environnement, David Heurtel, est le seul à blâmer dans ce triste dénouement. David Heurtel a failli à son mandat premier : celui d’assurer la protection de l’environnement au Québec.

M. Heurtel était mis au fait des travaux à la chute à neige Riverside et de ce déversement de huit milliards de litres d’eaux usées depuis le 28 avril 2014. Voilà 18 mois que le ministre Heurtel a reçu une demande d’autorisation de la Ville de Montréal.

Or, il a fait preuve d’un manque de transparence impardonnable en gardant secret, jusqu’à la toute dernière minute, un dossier d’une aussi grande envergure. Pendant 18 mois, il est resté les bras croisés et il n’a rien fait pour trouver des mesures d’atténuation plus acceptables sur les plans environnemental et social.

Le ministre Heurtel indifférent envers notre joyau national, le Saint-Laurent

En février dernier, loin des projecteurs, il a donné le feu vert à ce déversement, estimant que ce dossier méritait la même attention et l’application de mêmes mesures d’atténuation qu’un simple déversement de 100 litres d’eaux usées. Pourtant, on parle bien de 8 milliards de litres! Voilà une démonstration claire de l’indifférence totale de notre ministre de l’Environnement envers notre joyau national, le Saint-Laurent.

En Chambre, j’ai attaqué de toutes parts le ministre de l’Environnement, j’ai tenté de savoir les raisons pour lesquelles il n’a pas rendu public le dossier dès le moment où il en a été informé, les raisons pour lesquelles il n’a pas disposé de tout le temps dont il avait pour prendre les mesures nécessaires pour atténuer au maximum l’impact de ce déversement, les raisons pour lesquelles il a refusé de dévoiler les études d’impacts de son ministère.

J’ai interpellé le ministre sur les mesures qu’il aurait souhaité mettre de l’avant afin d’atténuer les impacts du déversement. La réponse est simple : aucune. David Heurtel n’a fait aucune demande et n’a pas été capable de trouver une alternative à celle du déversement. Le syndicat des ingénieurs de la Ville de Montréal m’a confirmé à plusieurs reprises l’indifférence du ministre. En 18 mois, le ministre a été incapable de trouver une solution de rechange à une tragédie qu’il avait le devoir d’éviter. Il a lâchement baissé les bras.

Comme si cela n’était pas suffisant, voilà que le Québec est devenu la risée du monde entier. À cause de l’inaction de notre ministre, le déversement est devenu un enjeu national, débordant les limites de Montréal. Il est par la suite devenu une honte internationale. Les articles de presse à l’international le confirment, ainsi que les propos tenus par la célèbre activiste américaine Erin Brockovich. Le ministre a porté atteinte à la réputation du Québec à l’international et il faudra bien du travail pour rétablir notre image, celle d’une société saine, qui fait de l’environnement une de ses priorités absolues.

Maintenant, malheureusement, il est trop tard. Les Québécois voient une de leur plus grande fierté, le fleuve Saint-Laurent, devenir un vrai dépotoir.

D’ailleurs, ai-je besoin de rappeler que le ministre Heurtel n’en est pas à son premier cafouillage depuis sa nomination à l’environnement?

L’épisode des bélugas du Saint-Laurent n’est pas bien loin. Le ministre Heurtel a laissé libre cours à des irrégularités dans la délivrance du certificat d’autorisation à TransCanada pour des forages dans une pouponnière de bélugas, une espèce menacée, à Cacouna. Un rapport d’enquête l’avait rabroué. De plus, l’incohérence profonde du ministre dans le dossier des changements climatiques ne cessera de me surprendre. L’adoption de la loi 37 en juin dernier, permettant la construction de la cimenterie de Port-Daniel-Gascon, soit le projet le plus polluant de l’histoire moderne du Québec, en est l’exemple parfait.

Bref, toutes ces raisons évoquées me poussent à demander aujourd’hui, une fois de plus, au premier ministre du Québec de démettre le ministre de l’Environnement de ses fonctions.

Mathieu Lemay, député de Masson et porte-parole de la Coalition Avenir Québec en matière d’environnement