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L’achat local, est-ce que ça vaut la peine?

 

 23 octobre 2020

Oh que oui!

Le 4 avril 2020, le premier ministre, François Legault, invitait les Québécois à encourager l’achat local. « Il faut acheter québécois, il faut acheter local, c’est important pour nos entreprises québécoises, et puis c’est important pour nos travailleurs/travailleuses québécois de ces entreprises-là. »

Si la pandémie nous a appris une chose, c’est qu’il est devenu important, partout sur la planète, de dépendre le moins possible du reste du monde. Les Américains ont payé une cargaison de masques « cash » pour qu’elle soit détournée vers les États-Unis plutôt que d’être livrée, comme prévu, en France. La plupart des pays ont dû donner dans la surenchère pour éviter la catastrophe qu’aurait occasionnée un manque d’équipement de protection. Le libre-échange est vite devenu un « free for all » et, surtout, un « au plus fort la poche ».

Cette course à l’équipement en a fait réfléchir plusieurs. Face à la mondialisation tous azimuts, la plupart des pays se sont mis à douter de leur capacité à s’autosuffire, et ont commencé à mettre en place des mesures protectionnistes, comme la promotion de l’achat local.

Et même si on l’associe beaucoup à l’autonomie alimentaire, l’achat local englobe un champ beaucoup plus vaste d’activités et d’intervenants.

Qu’est-ce que l’achat local?

L’achat local, c’est d’abord une décision. Une décision d’encourager ses concitoyens. Acheter local, c’est encourager les créateurs de sa région, de sa province ou de son pays, avant d’encourager ceux qui viennent d’ailleurs. C’est aussi préférer les fabricants d’ici, avant ceux d’ailleurs et favoriser les producteurs de chez nous, avant ceux d’ailleurs. Et c’est aussi magasiner d’abord chez les détaillants québécois, avant d’aller chez leurs concurrents étrangers.

C’est penser à notre monde avant de penser au reste du monde.

Mais l’achat local, ce n’est pas juste bon pour nous, les citoyens, ça vaut aussi pour les commerçants qui choisissent de s’approvisionner localement plutôt qu’à l’étranger. Ça vaut aussi pour les entreprises qui décident de privilégier des ententes avec des partenaires locaux plutôt que partenaires étrangers.

Qui dit local dit aussi circuit court

En plus de permettre à des gens d’ici de faire de bonnes affaires, l’achat local permet aussi de favoriser les circuits courts en matière de transport, ce qui a, comme tout le monde sait, un impact réel sur la réduction de nos émissions de GES. Alors plus on achète local, plus on s’assure que les produits qu’on achète n’ont pas fait le tour de la Terre avant d’arriver jusqu’à nous.

Les experts estiment que les aliments que nous mangeons parcourent en moyenne entre 2 500 et 5 000 kilomètres avant d’aboutir dans notre assiette. Pour vous donner une idée, si vous décidez de faire un riz frit au poulet, le riz à lui seul devra parcourir plus de 9 000 kilomètres, alors que le poulet parcourra en moyenne 50 kilomètres.

Mieux encore, selon le MAPAQ (ministère de l’Agriculture, des pêcheries et de l’alimentation du Québec), « si les Québécois remplaçaient 30$ par année de produits étrangers par des aliments produits ici », le Québec récolterait 1 milliard de dollars de plus en cinq ans. Et tout cet argent pourrait être réinvesti en agroalimentaire et créer des emplois chez nous.

C’est fou toutes les retombées (économiques comme écologiques) que peut amener l’achat local.

Pourquoi acheter local?

La première des raisons, c’est pour soutenir l’économie locale. Qu’il s’agisse de fruits ou légumes frais, ou bien d’un fabricant de meubles du Québec, l’achat local permet de faire rouler l’économie locale. Et comme on encourage des travailleurs québécois, on leur permet à leur tour d’acheter local et d’encourager d’autres travailleurs québécois. Il y a ainsi un effet domino non négligeable.

La deuxième raison, c’est la qualité des produits. Les produits du Québec répondent à des normes de qualité et des normes environnementales bien souvent plus sévères qu’ailleurs dans le monde. Selon le Fonds de solidarité FTQ, l’achat local, c’est aussi plus équitable, parce que les normes du travail québécoises nous en offrent toutes les garanties.

La troisième raison, c’est la proximité, ce qui veut dire moins de kilomètres sur les routes, donc moins de GES. Le site Meuble du Québec compte pas moins de 142 fabricants de meubles québécois, dont 41 qui font du mobilier de chambre à coucher et 22 du mobilier de salle à manger. De son côté le Panier bleu offre l’accès à 19 902 commerces et à 472 365 produits québécois. Et ça ne cesse de croître de jour en jour.

La quatrième raison, c’est la fraîcheur. Quand un concombre est cueilli tout près de chez vous, il a bien meilleur goût tout en ayant une plus grande valeur nutritive, car il a atteint sa maturité dans le champ plutôt que dans le transport.

La cinquième raison, c’est de pouvoir faire des économies en choisissant des produits de saison. Car les fruits et légumes de saison « sont toujours plus abordables lorsqu’on les achète au bon moment. »

Et une sixième raison d’acheter local, c’est sans doute la raison qui plairait le plus au premier ministre : la fierté. Et si on achetait local aussi parce qu’on est fier d’être Québécois? Si on achetait local parce qu’on est fier de nos créateurs, de nos producteurs, de nos fabricants et de nos détaillants? Si on achetait d’eux pour leur dire de continuer leur bon travail, parce qu’ils nous inspirent et qu’ils nous donnent le goût d’acheter leurs produits? Après tout, tous ces gens sont aussi une source de fierté. Et s’ils sont fiers de cultiver la terre, de créer ou de fabriquer des biens de consommation, pourquoi ne serions-nous pas fiers d’acheter, de porter ou de goûter leurs produits?

Et si personne, ici, ne fabrique le produit que l’on cherche…

Ce ne sont pas, bien sûr, tous les produits qui sont fabriqués ou produits au Québec. On ne se mettra quand même pas à produire des ananas!  Mais à défaut de trouver un produit d’ici, on peut toujours bien au moins aller faire nos achats chez un détaillant d’ici. Par exemple, Simons ne fabrique peut-être pas ses vêtements, mais plusieurs d’entre eux ont été conçus au Québec, par des designers québécois. Dans tous les secteurs d’activités, le Québec regorge de détaillants locaux qui créent des emplois et s’impliquent dans leur communauté. Pourquoi ne pas les encourager, même en ligne, plutôt que d’acheter sur Amazon ou autres multinationales?

Acheter local, on l’a dit, c’est aussi encourager les détaillants québécois.

Tout le monde doit faire sa part

Tout le monde, ça veut dire vous, moi, nos voisins, nos cousines, nos parents, nos enfants, nos patrons, nos employés. Et nos différents paliers de gouvernement aussi, bien évidemment. C’est d’ailleurs dans ce sens que le gouvernement du Québec a lancé le 22 septembre dernier « sa première stratégie pour favoriser l’achat d’aliments québécois dans les institutions publiques ». Qu’est-ce ça mange en hiver? En gros, ceci. Le gouvernement veut augmenter « de façon considérable la part d’aliments de chez nous achetés par nos institutions ». Il s’agit d’un changement important pour que toutes les institutions publiques – hôpitaux, écoles, CHSLD, etc. – fassent de l’achat québécois une priorité dans leur approvisionnement d’ici 2025. 

Et quand la pandémie sera finie…

Quand la pandémie sera finie, il y a de fortes chances que l’achat local sera encore plus nécessaire que jamais. Et qu’il nous faudra ajouter le tourisme local, le tourisme gourmand. Il nous faudra racheter des billets de spectacle, retourner au théâtre, dans les musées, dans les festivals…

Et il faudrait surtout se dire – se promettre! – que l’on va remettre, dans l’économie québécoise, une partie des économies que la pandémie nous a obligés à faire.

Ce sera une façon de leur dire à quel point tout ça nous a manqué…

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